‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 76 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ses rapports avec lui ne sont pas moins intéressants. Le prince faisait le plus grand cas de cet homme de guerre, et ses jugements m'ont beaucoup frappé en raison de leur bienveillance et de leur impartialité. — « C'était un des hommes les plus remarquables que j'aie connu, dit-il ; un soldat de rare énergie et un esprit des plus charmants. J'avais pour lui une affection véritable, et il me témoignait un grand dévouement. 11 n'a cessé de m'écrire après 1848, pendant notre exil en Angleterre. Sa dernière lettre est datée de 1851, huit jours avant le 2 décembre! Depuis, il resta muet. Le maréchal Bugeaud le prisait particuhèrement. Sans ses embarras d'argent continuels et son défaut d'ordre, Saint-Arnaud eût été un homme complet! Sa mort a été héroïque, et sa correspondance restera comme un monument.

« Je vous parlais tout à l'heure des préoccupations du maréchal Bugeaud à l'endroit de la colonisation et de son goût dominant pour tout ce qui touchait à l'agriculture. Je me souviens qu'un jour, à Alger, je déjeunais au palais du Gouvernement chez le maréchal, avec le colonel de Saint-Arnaud. Je commandais alors à Milianah. Le gouverneur, comme d'habitude, causait agriculture et colonisation. Ayant appris que j'avais commencé, autour du camp, des plantations importantes, que je faisais tailler les vignes, et que nous avions récolté des luzernes, il m'exprima ses félicitations avec une chaleur singulière ; bref, il était ravi : « Ce n'est pas vous, Saint-Arnaud, qui auriez « jamais l'idée de faire de pareilles choses! Ecoutez

« M. le duc dWumale, admirez-le au moins, si vous ne u Timilez pas ! Voyez comme il emploie ses loisirs, u lui ! )» En sortaol du palais, le colonel de Saintu Arnaud s'approcha de moi : « Ah! monseigneur, « laissez-moi vous le dire, mais vous êtes un abomiu uable courtisan ! Vous flattez les manies de notre « grand jardinier en chef, pour aller droit à son « cœuri Entre nous, croyez-vous que je m'y laisse « prendre, moi, à vos légumes, à vos vignes taillées, u et que je coupe dans vos luzernes ! »

«J'étais encore en Afrique lorsque Saint-Arnaud fut nommé général. Cette nomination me causa une satisfaction véritable. Comme je vous le disais, je possède • une correspondance de lui des plus curieuses, et ses appréciations sur la République, sur les hommes du jour surprendraient bien des gens.

« Ce fut en 1841 pour la première fois, me dit le duc dWumale en terminant, que je vis le maréchal Bugoaud, étant appelé h servir sous ses ordres. Nous débarquâmes presque en même temps à Alger, lui comme gouverneur, moi comme commandant du 24' de ligne. 11 me flt immédiatement entrer en campagne. L'année suivante, je revins en France, mais je repris bientôt la roule d'Afrique, où je demeurai, neuf mois, sans congé.

« Nous étions, en effet, sans cesse en expédition. Je fus longtemps en service en 1842 et 1843 à Médéah et à Milianah, où je me trouvais sous les ordres ' du général Cliangarnier, mon divisionnaire. C'est à lui hiérarchiquement que j'adressais mes rapports, an les communiquant en même temps au gouverneur

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