CHAPITRE IV
général. Je revins en Afrique en 1845 et 1846. Au mois de juin 1847, le maréchal quitta le gouvernement. Je le remplaçai. Vous savez le reste (1). »
(1) n serait. impossible d'attribuer au hasard le choix des hommes distingués qui se trouvèrent groupés autour du maréchal Bugeaud, soit comme aides de camp, secrétaires ou officiers d'ordonnance.
Un contemporain, esprit très judicieux et fort indépendant, voulait bien, dernièrement, remontant avec nous le passée nous donner sur chacun de ces humbles collaborateurs du maréchal, qui formèrent son cabinet militaire et politique, des renseignements d'un haut intérêt. Ces notes nous ont paru utiles à reproduire. L'homme qui les a écrites connaissait bien, pour avoir vécu au milieu d'eux, les officiers dont il parle, et ses appréciations^ ses jugements sont empreints d'une grande impartialité.
Eynard^ aide de camp du général Bugeaud, chef d'escadron d'état-major de i8H à 1843. Nommé lieutenant-colonel, il reste Taide de camp du maréchal. 11 devint colonel en 1846. Nature rude et dévouée, un peu à larfacon de Tours qui frappe son maître pour le débarrasser d'une mouche. A fait, ainsi, plus d'un ennemi à son chef. Jaloux de l'entourage du maréchal ; assez malveillant pour ceux dont il redoutait l'influence. Fidèle, mais hargneux. Intelligence un peu trop absorbée par des questioçs de détails.
Fourichon^ lieutenant de vaisseau, commandant le stationnaire à la disposition du gouverneur général, était plutôt l'ami que le subordonné du maréchal, qui avait pour lui une tendresse toute particulière et en lui une confiance illimitée. Esprit lucide et élevé, il a été bien souvent le trait d'union entre le maréchal, Lamoricière et Cavaignac. Aujourd'hui amiral et ancien ministre de la marine.
De GarraubCy fils du général de Garraube, courageux, dévoué, cœur plein de délicatesse ; souvent enfant terrible, était très aimé du maréchal dont il était le compatriote. A quitté le service comme colonel. Aujourd'hui retiré en Périgoixl.
Vergé. Plein d'intelligence et de dévouement, il connaissait fort bien les Arabes et a rendu de grands services au maréchal, quoique son esprit fût plus poétique que pratique. Or le maréchal, on le sait, goûtait surtout les esprits positifs. Général de division, aujourd'hui en retraite.
L'Heureux^ nature exquise : autant de cœur que d'esprit, et rempli de tact. Nulle jalousie pour les supériorités qu'il proclamait lui-même. A été un des amis les plus fidèles, un des plus zélés défenseurs du maréchal qu'il aimait et admirait sans réserve. Mort général de division en 1870.
Ferat/y esprit sceptique, intelligance très remarquable, connaissant les hommes et étudiant surtout leur mauvais côté. Très séduisant de manières, qualités très brillantes et caractère généreux, aimant le faste et la prodigalité. Il poussait le dévouement pour ses amis jusqu'à l'exagération. Mort général de division en 1870.
Trochu. Le maré.'hal avait pour lui un goût particulier. Trochu le char-
Parmi les jeunes officiers supérieurs placés sous SCS ordres, le maréchal Bugeaud en avai^^emarqué trois auxquels il prédisait un grand avenir : c'étaient les colonels de Saint-Arnaud, Cousin-Montauban et Canrobert. 11 les avait vus à Fœuvre de très près, et, bien qu'ils n'eussent servi sous ses ordres que dans des situations secondaires, il les jugeait dans ses entretiens particuliers comme des soldats hors ligne.
« Le colonel Pélissier, homme de la discipline, est un chef d'état-major incomparable, disait-il. Pour l'exécution des ordres, c'est un militaire sans pareil. Il a une énergie indomptable, un caractère de fer. Le colonel Ladmirault, d'une trempe peu ordinaire, possède des qualités puissantes, et, de plus, est organisateur. Le colonel Morris, selon lui, était superbe au feu, d'une bravoure sans égale, tempérament militaire par excellence. Quant à Yusuf, soldat magnifique, il exerçait un grand prestige sur les Arabes. Ses qualités et son origine lui assignaient une place à pari. Le général Cavaignac, homme énergique, mais connaissant mal les Arabes, avait le caractère un peu susceptible, maissoldat de devoir, dedisciplineetde probité. »
niait, et exerçait sur Tesprit de son chef une grande influence. Son mérite incontestable, ses hautes qualités, étaient un peu exagérées parle maréchal. Trochu parlait si bien, était écoute avec tant de faveur qu'il parlait un peu trop. Caractère élevé, mais un peu théâtral. N'a cessé, tant qu'il a vécu, d'admirer et de vénérer le niari'chal. Général de division en retraite.
A/re/, aussi dévoué, aussi intoUigont, aussi courageux que Trochu, il lui était supérieur parce qu'il agissait plus et parlait moins. Le maréchal l'appréciait autant que Trochu. Cœur et esprit trës élevés, caractère absolument sûr. Le maréchal avait placé en lui toute sa confiance et le recommanda, au moment de son départ, au général duc d'Âumale, dont il devint le chef d'état-major. Mort général de division en Crimée.