‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 79 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

J*ai mis sous les yeux du Roi tout ce que vous me dites du choix de votre successeur; j'en ai également entretenu M. Guizot; c*est certainement une des questions les plus graves que le Gouvernement ait à résoudre.

Laissez-moi vous remercier de m'en avoir parlé avec autant

de confiance, et recevez, mon cher maréchal, la nouvelle

assurance du sincère attachement que je vous ai voué depuis

longtemps.

Votre affectionné,

H. d'Orléans.

Un homme tel que Bugeaud était bien fait pour inspirer des dévouements à toute épreuve et des attachements passiomiés. Parini les hommes qui rapprochèrent et lui témoignèrent le plus d'affection et de fidéhté, son interprète en chef, Léon Roches, tient la première place. Aussi pensons-nous devoir reproduire la lettre que le jeune diplomate adressait â son ancien chef, ainsi que la réponse du maréchal datée de la Durantie.

M. Léon Roches, secrétaire de légation, au maréchal Bugeaud.

Tanger, le 12 juin 1847.

Monsieur le Maréchal^

Je viens de lire votre rapport daté de TOued Sahel , le 17 mai 1847. J*cn suis encore tremblant d'émotion et fou de joie, et je veux vous écrire quelques lignes sous cette impression .

Depuis que vous étiez dans la Kabylie, j'étais en proie aux plus vives inquiétudes. Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne craignais pour vous ni revers ni absence de succès, mais je

redoutais les longueurs de la guerre dans les montagnes où la vanité des Kabyles et leurs traditions semblaient devoir les obliger à défendre chaque pic, à brûler de la poudre pour chaque village, et puis, vous le dirai-je, Monsieur le maréchal, je craignais pour vous ces traîtresses balles montagnardes dont vous avez si souvent senti le vent, sous mes yeux, et depuis que je ne suis plus auprès de vous pour partager vos dangers, mes craintes sont beaucoup plus grandes. EnQn louanges soient rendues à Dieu qui a protégé votre noble tête, parce qu'il protège la France.

Vous venez d'ajouter un nouvel éclat à Tauréole de votre gloire, car vous venez d'entreprendre et d'accomplir une œuvre devant laquelle tant d'hommes illustres ont reculé. Vous avez soumis à la domination de la France un peuple qui* depuis deux mille ans, a su conserver son indépendance et dont les montagnes ont été si souvent les témoins des défaites de ceux qui voulaient les soumettre.

Je trouve qu'il a fallu encore plus de courage et de talent pour entreprendre cette grande affaire que pour l'accomplir. Car, en outre des Kabyles, vous aviez à combattre resprii public et le fiouvernement, qui vous désapprouvaient parce qu'ils supposaient que vous engagiez inopportunément la France dans une expédition longue et coûteuse.

Mais, seul, vous avez calculé les résultats infaillibles de vos grands succès moraux, et les événements sont venus donner une nouvelle preuve de votre génie. Encore une fois que Dieu en soit loué!

On annonce le Véloce arrivant d'Oran; nous allons sans doute recevoir des nouvelles de vous. J'attends donc de les avoir lues pour continuer ma lettre.

Le 22, j'ai été interrompu par une bien triste nouvelle, Monsieur le maréchal, celle de votre départ à jamais définitif

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