CHAPITRE V
nisation, pour avoir du succès, il faut de Targent, et les Chambres seules peuvent en voter. Je sais bien que le temps et les Arabes m'auraient bientôt donné raison , mais je compte assez sur le bon esprit de mes concitoyens pour espérer encore que, bien renseignés, ils finiront par comprendre, et je compte y employer dans la prochaine session tout ce que j*ai d'activité et de bon sens.
Ne croyez pas, mon cher Roches, que je sois indispensable en Algérie. Je laisse heureusement après moi des lieutenants sages, intelligents et expérimentés et une pépinière déjeunes officiers qui sont Tespérance de Tarméo et sont la plus sûre garantie de la conservation de notre conquête. Pour peu que Ton conserve les anciennes traditions, la question militaire ne périclitera pas en d'autres mains. Le Gouvernement vient d'agir sagement en confiant le gouvernement général par intérim à M. le général Bedeau ; c*est un homme sur Tintelligence, la vigueur et le bon sens duquel il peut compter. Je suis sûr qu'il se sera mis vite à la hauteur de ses fonctions et qu'il se montrera digne de la confiance du Gouvernement, qui s'empressera de le nommer définitivement gouverneur général.
J'ai lu avec infiniment d'intérêt les détails que vous me donnez sur l'événement qui vient d'avoir lieu du côté d'Abdel- Kader. Par suite d'une note de M. de Château à M. le général d'Arbouville et des renseignements envoyés de Djemâa- Ghazaouat par le général Mac-Mahon, j'avais cru à une affaire plus générale et dont les conséquences avaient dû être plus considérables matériellement ; mais telle qu'elle est, elle est excessivement grave et mérite que notre Gouvernement y mette toute sa sollicitude. Abdel-Kader en agissant ainsi, en humiliant l'empereur du Maroc par son indulgence vis-à-vis de ses troupes qu'il avait entre les mains, a agi politiquement.
et cette manière de faire pourra bien porter incessamment de grands fruits.
Toutefois la situation pour le moment est moins alarmante que je ne Tavais craint d'abord, et je suis heureux que TÉmir nous ait laissé, le temps, ainsi qu*à l'empereur MouleyAbder- Rahman^ de respirer et d'aviser aux circonstances. Vous verrez par ma dernière lettre à M. de Château comment j'envisage la situation.
En quittant l'Algérie, mon cher Roches, j'avais recommandé de représenter aux Arabes mon départ comme un voyage en France pour me reposer, mais qu'au premier signal un bateau à vapeur m'aurait bientôt ramené partout où ma présence serait nécessaire. Faites connaître aussi cela de votre côté, si vous le croyez utile. En effet, c'est la vérité, car si les périls devcnaienttels, ce qu'à Dieu ne plaise, que l'on jugeât que mon intervention fût nécessaire, vous connaissez trop bien mes sentiments pour ne pas être persuadé que j'accourrais, mais temporairement, apporter le tribut de ma personne ; espérons toutefois que cela ne sera pas indispensable.
Je suis toujours bien heureux de penser que vous jouissez dans votre intérieur d'une grande félicité ; je fais des vœux pour qu'elle soit augmentée encore, si cela est possible. Dites à M'"" Roches que ces vœux s'appliquent directement à elle aussi bien qu'à son mari.
Vous espérez que l'année prochaine vous viendrez nous présenter M""" Roches à la Durantie, et vous me demandez si les portes de mon château ne vous seront pas fermées. Elles vous seront ouvertes, mon cher Roches, tout au large, de môme que nos cœurs vous sont ouverts. Venez nous voir, nous serons bien heureux de vous donner une sincère et cordiale hospitalité.
Je vous ferai voir mes champs, dont je suis plus amoureux