‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 83 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que jamais ; loin de vieillir, ils rajeunissent tous les jours. Que n'en est-il ainsi de toutes choses en ce monde !

Adieu, mille amitiés; continuez à nous faire de la bonne politique et écrivez-nous souvent. Je désire inQniment que vous me teniez au courant des affaires.

Ma femme et mes enfants vous font leurs compliments.

Maréchal duc dIsly.

Le maréchal, nous l'avons vu, avait accordé. Tannée précédente, sa fille cadette à l'un de ses officiers d'ordonnance, le commandant Feray, qui se trouvait, au départ du gouverneur, en garnison à Sétif. Voici une conférence charmante et pleine d'abandon du père à cette fille bien-aimée. Le maréchal avait pour ses deux filles une affection et un attachement semblable ; toutefois M"' Léonie Feray, mariée à un militaire, avait, plus constamment et plus intimement que sa sœur. M"*' Gasson, vécu de la vie de son père.

Le maréchal Bugeaud à la comtesse Feray,

La Durantie, le 17 juillet 1847.

Chère et bonne Léonie,

Je ne t'ai pas écrit depuis longtemps, parce que j'écris presque autant qu'à Alger. De plus, ta mère, qui correspond régulièrement avec toi te donne de mes nouvelles et te dit tout ce que tu as intérêt à savoir. J'attendais d'ailleurs d'avoir à te complimenter sur ta deuxième épaulette. Le ministre m'a donné des espérances à ce sujet, et M^'de Salvandy, par deux fois, les a presque changées en certitude. J'attends donc maintenant, de jour en jour, l'avis de ta nomination. Ai-je

190 LK MAHÉCHAL BUGEAUD.

besoindeledirequej'en serai au troisième ciel, puisque, indé pendamment de voir avancer notre cher Henri, cette promotion doit ramener près de nous nos deux enfants exilés dans une autre partie du monde qui doit être bien brûlante en ce moment !

Et nous aussi, chère amie, nous brûlons 1 Depuis les premiers jours de ce mois, nous sommes dans une Afrique au petit pied, ce qui n'empêche pas notre campagne d*ètre d'un vert délicieux, sauf pourtant nos blés, qui sont tout dorés et qu'on moissonne avec rage, pour les soustraire aux orages qui nous menacent de temps à autre.

Après un mois de travail d'aménagement, nous commençons à être installés d'une manière assez confortable et quand ta sœur et toi nous arriverez, vous pourrez avoir un bon appartement pour chacun. J*ai improvisé un parterre. Il n'y avait pas une fleur quand je suis arrivé à la Durantie; aujourd'hui tout est garni, et nous avons surtout beaucoup de dahlias. L'ancienne partie du jardin anglais est très bien ; celle plantée cette année a mal réussi; les derniers froids ont gelé beaucoup d*arbres. En revanche, la campagne est superbe. C'est bien mieux cultivé, bien mieux couvert que mon jardin.

Les journaux t'ont dit que j'étais appelé au ministère. Je ne sais s'il en a été question à Paris ; mais il est certain qu'on ne m'a pas fait la plus légère insinuation. Au lieu de cela, on m'a pressé plusieurs fois de conserver le gouvernement de l'Algérie. Donc on ne pensait pas à moi au ministère. On a bien fait. Je te jure que je n'en ai aucune envie. Si des circonstances m'y amenaient malgré ma répugnance, je trouverais une compensation dans le bonheur de vous avoir tous deux près de moi, Henri comme chef de mon cabinet particulier, si cela lui allait, et toi pour mon salon, enjôler les belles solliciteuses et m'aider à distribuer force eau bénite de cour.

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