‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 85 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Vous avez raison, il est grandement question de moi pour \t)us succéder, quoique rien ne soit décidé encore. Je n*ai jamais brigué cet honneur ; je Tai, au contraire, décliné, non par indifférence pour les affaires de France, ni par la crainte d'échanger une vie douce et agréable contre une vie pleine de chances et de labeurs, mais parce que j*ai la conscience des diiticultés de Tœuvre et de mon insuffisance à satisfaire Tattente du pays.

J'ai longtemps espéré que vous consentiriez à reprendre le gouvernement général, et j'ai la conviction qu*aux très grands services que vous avez déjà rendus, vous pouviez en ajouter de «nouveaux que nul autre peut-être ne pourra rendre. Si tout espoir doit être perdu à cet égard, si aucune autre combinaison ne paraît acceptable au gouvernement du Roi, je ne refuserai pas une position éminente où je puis servir activement mon pays. Je ne me fais aucune illusion sur les obstacles qui hérissent la question, sur les attaques dont je serai l'objet, sur les déceptions qui m'attendent; mais j'apporterai à l'accomplissement de mes devoirs une entière abnégation personnelle et un dévouement de tous les instants. Je conserverai précieusement le souvenir de tout ce que je vous ai vu faire d'utile et de grand sur cette terre d'Afrique, et je ferai tous mes efforts pour y suivre vos traces et y continuer votre œuvre.

Laissez-moi vous remercier, ici, de ce que vous voulez bien me dire d'aimable dans votre lettre; vous m'avez toujours témoigné une sympathie qui m'est bien précieuse, et vous savez que j'y réponds par la plus haute estime et par un bien sincère attachement

Votre affectionné,

Henri d'Orléans.

P. S. — J'espérais po uvoir vous faire, cet automne ou cet

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hiver, les honneurs de Chantilly et y causer quelquefois avec vous de guerre et d'agriculture. Si j*étais absent de Pari$ lorsque vous y viendrez, j'espère que vous me rendrez le service d'aller y tirer quelquefois des lièvres qui rongent mt»> plantations.

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver la réponse du maréchal Bugeaud à la lettre du prince. En vérité, quoi de plus touchant, que cet accord, cette communauté d'idées, cet attachement qui unissait d'une façon si étroite le vieux soldat au jeune prince, dans une unique pensée, vers un même but : le bien et la gloire de la France.

Le maréchal Bugeaud à S. A. R. le duc d'Aumale.

La DaraDti*, le 9 août 1S47.

Mon Prince,

Votre admirable lettre du 3 août n'appelait aucune réponse de ma part, mais je ne puis résister au désir de vous exprimer une partie des impressions qu'elle a produites sur mon esprit et sur mon cœur. Elle respire le plus grand dévouement au pays et au Roi. Vous n'ôtes point séduit par le brillant du commandement; vous en connaissez, dès longtemps, tous les écueils, vous avez mesuré les difQcultés, vous avez prévu la critique et môme lu calomnie, et cependant vous bravez tout cela pour servir la France et obéir à votre père.

Cette noble conduite serait une critique de la mienne si je n*avais pas payé mon tribut pendant six ans et demi, et surtout si je n'avais pas eu Tespoir qu'en me retirant, je servirais mieux les intérêts de l'Algérie qu'en restant au poste qui m'avait étQ confié. Déjà mes prévisions se réalisent

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