CHAPITRE V
puisqu'on vous destine ma succession. Si je n'ai pas conseillé ce choix^ vous en connaissez la seule cause, la crainte de faire peser une responsabilité morale de plus sur la monarchie. Puisque le gouvernement du Roi n'en juge pas ainsi, j'en félicite l'Algérie et la France.
Ce ne sera pas le seul avantage de ma retraite; mes idées sur la colonisation doivent y gagner du crédit. On ne pourra plus douter d'une conviction à laquelle j'aurai sacrifié le pins beau commandement du royaume, et puis je serai à la Chambre pour combattre les idées fausses, les théories creuses des Dufaure, Tocqueville, Beaumont et consorts, qui s'imaginent qu'il suffit de quelques institutions libérales et civiles pour aplanir tous les obstacles. Ah ! s'il n'y avait pas d'Arabes en Algérie, ou s'ils ressemblaient à ces peuples efi'éminés de l'Inde, je me serais bien gardé de conseiller à mon pays de faire, à coups de budget, une base de colonisation avec l'élément militaire. Mais l'existence de cette nation si vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure en ce point aux masses européennes que nous pourrons introduire dans le pays, nous impose l'obligation absolue d'établir devant elle, à côté d'elle, au milieu d'elle, la population la plus vigoureuse possible; et où la trouver telle, si ce n'est dans l'armée?
Mais laissons cette digression ; je crois qu'à cet égard vous partagez mon opinion. Qu'on essaie les entrepreneurs de colonisation, si l'on en trouve; on comprendra bientôt leur impuissance.
Revenons à votre lettre. Je voudrais qu'il me fût permis de la livrer à la publicité afin de faire rougir les factieux et les brouillons qui calomnient si souvent votre noble famille. Si je ne puis pas la publier, je la lirai aussi souvent que je le pourrai à mes amis et quelquefois aux ennemis de la
196 LK MARÉCHAL BLT.EAUD.
dynastie élevée par la révolution de Juillet. Je leur démontrerai par là, plus encore que par mes arguments, qu'elle est parfaitement légitime, puisqu'elle s'appuie non seulement sur le vœu national, mais encore sur son ardent patriotisme, sur ses services et sur les distinctions de Tespril.
Je suis fort reconnaissant de vos bonnes dispositions pour M. le commandant Feray. Vous serez bientôt en position de lui en faire éprouver les heureux effets, et je suis convaincu que vous n'en négligerez pas les occasions.
Mais comment se fait-il qu'on n'ait encore donné aucune suite aux propositions de récompenses que j'ai faites pour l'armée d'Afrique avant de m'en séparer? A quoi faut-il attribuer un pareil retard qui, je vous l'avoue, commence à m'indigner? Jamais, à aucune époque, l'armée d'Afrique n'a mieux mérité que dans la période de 1816 à 18i7. Non seulement elle a livré des combats et fait des courses nombreuses et prolongées pour consolider notre domination jusqu'aux conHns du Petit Désert, mais encore elle a fait des travaux immenses, et elle ne les a quittés qu'à la fin de juillet. Toute ou presque toute l'infanterie a bivouaque pendant tout l'hiver dernier sur ses ateliers, sans qu'on ait entendu un seul murmure. Il me semble que de tels services, une telle conduite, méritaient un peu plus d'empressement. Ycut-on que vous apportiez vous-mêmes les récompenses? Gela seul pourrait calmer l'irritation que j'éprouve.
On m'écrit que, dans la prochaine promotion de maréchaux de camp, l'armée d'Afrique n'aura qu'un emploi. Ohl c*est pour le coup que je serais profondément mécontent! A propos (les trois dernières promotions, l'armée d'Afrique a été en* tièrement oubliée dans une, et fort mal partagée dans les deux autres. Nous avons vu avancer des colonels de France, de six ou sept ans de grade, n'ayant jamais vu le feu, et Ton