‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 89 sur 206 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nos provisions de bouche. On est vraiment malheureux d'avoir un peu de crédit, ou du moins qu'on vous en suppose. Ne te fâche donc pas, chère amie, si je ne t'écris pas bien souvent. Je le ferais cependant, malgré tout, si ta mère et ta sœur ne t'écrivaient presque à chaque courrier.

Il est bien décidé que le duc d'Aumale est mon successeur. Je regarde cela comme une bonne fortune pour l'Algérie, pour l'armée et pour vous, mes chers enfants, car je suis au mieux avec le prince. Gela assure l'avancement de ton Henri et une plus prompte réunion à ta famille. Dans tous les cas, il faut, d'une manière ou d'une autre, que vous veniez ou que tu viennes au mois de mai prochain. Ta mère ne supporterait pas une plus longue séparation. Elle irait te voir et tu sais que sa santé s'accommode mal des voyages en mer.

Nous commençons à être assez bien organisés dans notre, château. Nos environs deviennent jolis. A mon arrivée, j'ai improvisé un parterre qui est aujourd'hui charmant. Notre récolte est belle. Marie et son fils se portent bien ainsi que ta mère. Mon mal au talon s'en va. Nous n'avons donc rien à désirer que d'avoir bientôt près de nous nos chers enfants d'Afrique

Quel horrible crime que celui de M. de Praslin ! Nous en sommes tous contristés, effrayés. Quelle cruelle période nous traversons I

Le ministère parait vouloir braver une autre session : c'est du courage ! car la situation est mauvaise ; l'esprit public se pervertit chaque jour par les déclamations de la presse qui s'appuie sur des faits malheureux, dont la portée est terriblement exagérée par l'esprit de parti. Quelques hommes de l'opposition dynastique ne craignent pas d'exciter, par leurs actes et leurs discours, les passions populaires. Tels sont Duvergier de Hauranne, Odilon Barrot, Malleville, etc., etc..

Adieu, mes enfants. Je vous porte dans mon cœur. Je fais constamment des vœux pour vous.

Maréchal duc d'Islv.

Quelques jours après, le 11 septembre 1847, le Moniteur universel contenait la nomination du duc d'Aumale gouverneur général de T Algérie, en remplaplacement du maréchal duc d'Isly (1).

Le 5 octobre, le prince arrivait sur le Labrador dan^ la rade d'Alger et débarquait aux cris enthousiastes et unanimes de : « Vive le Roi ! vive le duc d'Aumale ! »

L'idée d'une vice-royaulé en Algérie et le choix d'un prince du sang n'était point de la pari du maréchal Bugeaud une idée nouvelle. En effet, dès le 23 octobre 1843, il écrivait à M. Blanqui, député :

Je désire qu'un prince me remplace ici; non pas dans Tintérèt de la monarchie constitutionnelle, mais dans celui de la question : on lui accordera ce qu'on me refuserait. Le duc d'Aumale est et sera davantage chaque jour un homme capable. Je lui laisserai, j'espère, une besogne en bon train;

[{) Louis-Philippe, Roi des Français, à tous présents et à venir salut.

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État au département de la Guerre,

Nous avons oitlonné et ordonnons ce qui suit :

Article premikr. — Notre très cher et très aimé ÛIs le duc d'Aumale est nommé gouverneur général de l'Algérie, en remplacement de M. le maréchal duc d'Isly, dont la démission est acceptée.

Art. 2. — Notre ministre secrétaire d'État au département de la Guerre est chargé de l'exécution de ces présentes ordonnances.

Donné à Saint-Cloud, le 11 septembre 1847.

Sigw^ : Louis-Piiiuppb.

Par le Roi :

Le pair de France^ ministre

secrétaire d'État de la Guerre^

Signé : Trezkl.

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mais il y aura, longtemps, beaucoup à faire encore; c'est une œuvre de géants et de siècles.

Dans le courant de Tannée 1845, il écrivait à son ami M. Guizot :

Quant au gouvernement du duc d*Aumale, je n'y vois d'inconvénient que pour la monarchie, qui prendra une responsabilité de plus. Le jeune prince est capable, et il va vite en expérience. Je pense que, dès le début, il administrera et deviendra un militaire très distingué ; sur ce point, il ne lui faut qu'un peu plus d'expérience et de méditation.

Pendant que le fils du roi de France faisait en Afrique ses glorieux débuts de gouverneur Vice-Roi, le maréchal Bugeaud, retiré dans son château de la Durantie, s'y installait d'une façon définitive et cherchait à y établir ses enfants, en achetant pour eux une propriété voisine de la maison paternelle. On verra, dans les lettres suivantes adressées h son gendre et h sa fille, avec quelle sollicitude il s'occupe do leurs intérêts, sans négliger aucun détail.

Le maréchal Bugeaud au commandant Ferat/,

La Durantie, i9 octobre 1817.

Mon cher Feray,

Je vous ai écrit à Alger, le 6, je crois, pour vous apprendre que je vous ai fait l'acquisition de Linty au prix de 120,000 fr. et vous demander votre procuration pour passer le contrat. Quelques jours après, Léonie nous apprit que vous alliez la ramener en France, ce dont nous sommes enchantés, surtout

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si vous pouvez rester quelque temps avec elle. Ma lettre d^affaires peut donc s'être croisée avec vous et ne vous parvenir que bien tard, ce qui serait un grave inconvénient, si vous ne veniez pas jusqu'ici, comme une phrase de Léonie peut me le faire craindre. Il est urgent de passer le contrat pour éviter une perte de temps dans des travaux essentiels, pressants. Il y a aussi dans le retard plusieurs autres inconvénients qu'il serait trop long de détailler ici. Si donc, contre une de mes plus chères espérances, vous ne veniez que jusqu*à Agen, ne quittez pas cette ville pour retourner vers rAfrique sans m'envoyer votre procuration en bonne forme devant notaire.

Mais il me paraît impossible qu'on ne vous ait pas accordé un congé assez long pour visiter votre famille ; la situation de l'Algérie le permet. Vous viendrez donc passer quelque temps avec nous; vous visiterez votre jolie propriété, et nous étudierons ensemble les projets d'amélioration que je forme pour porterie produit de 8 à 10,000 francs. Ne vous effrayez pas des dépenses, j'espère ne pas vous demander un sou de votre poche. Les bois à vendre, sans déboiser et en améliorant, couvriront les réparations et l'augmentation graduelle du bétail

Arrivez-nous vile. J'ai l'espoir que cette lettre se croise avec vous entre Périgueux et Agen. Tout à vous, à toujours,

Maréchal duc d'Isly.

Ae maréchal Bugeaud à la comtesse Fet*ai/.

La Durautie, le 12 novembre 1847.

Tu te plains, chère Léonie, que j'écrive atout Alger, excepté à toi, et cependant je t'aime mieux que tout Alger, voire même que toute l'Algérie, mais je me gène moins avec toi

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