LES CIRCULAIRES. — LES BUREAUX ARABES
Administration des Arabes. — Proclamations et circulaires da maréchal Bugeaud. — Son humanité à Tendroit des Indigènes. — Le Jocelt^n de Lamartine. — Conseils aux fonctionnaires. — Soldats et gros officiers.
— La Casquette du père Bugeaud. — Les sentinelles. — Les recrues.
— Les campements. — Les chevaux et les mulets. — Organisation des Bureaux arabes. — Circulaire du 20 septembre 1844. — Opinion de M. le duc de Broglie (1858) et du commandant Villot (1871). — Les Bureaux arabes et les colons. — M. Leroy-Beaulieu (octobre 1882).
La renommée militaire du maréchal Bugeaud est assise sur des bases inébranlables, et cette grande figure militaire tient désormais une large place dans l'histoire de TAlgérie et dans Thistoire de France.
Mais ce que Ton ne sait pas assez, c'est que le maréchal Bugeaud, autant que le comportent les forces humaines, a employé les courts loisirs que lui laissaient les expéditions militaires et le commandement d^une armée de cent mille hommes, h l'administration proprement dite. Sans nous étendre sur les détails, il estutile de rappeler l'impulsion féconde donnée par lui aux travaux qui en sept ans ont changé la face de l'Algérie. Ce fut lui qui, avec autant de bonheur que de fermeté, sut unir pour le même but, selon sa devise célèbre, ense et aratro, ces deux instruments de con-
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quête et de civilisation : la pioche ef Tépée... C'est à lui que la France doit ces travaux gigantesques, ces routes magnifiques dont se seraient enorgueillis les Romains. Rien ne serait plus intéressant que de reproduire ou au moins d'analyser ses nombreux arrêtés, ses rapports, ses circulaires, qui embrassent toutes les parties du service et témoignent une sollicitude infatigable pour les hommes, sans acception de race, qu'il est appelé à gouverner, en même temps qu'ils révèlent un rare esprit d'organisation et d'application pratique.
Un grand nombre des circulaires de Bugeaud s'appHquentau gouvernement des Indigènes, matière délicate et grave dont la solution est si difficile et qui, malgré les tentatives de ses successeurs, est encore aujourd'hui l'objet de controverses passionnées.
Quant à lui, il s'occupa avec un soin tout paternel de l'administration des Arabes et fut loin de traiter la nationalité vaincue avec ce mépris, cette arrogance et celte cruauté trop souvent érigées en principe, en système par certains généraux d'Afrique et surtout par les prétendus libéraux et républicains de la colonie. Ses instructions aux généraux attestent cette constante soUicitude.
La conquête de l'Algérie, disait le maréchal {Circulaire du 17 septembre 1844), se distingue des conquêtes que Ton a faites en Europe. Là, quand on gardait une province conquise, on n'avait pas la prétention d'introduire dans son sein un peuple nouveau, on ne voulait pas prendre une partie des terres pour les donner à des familles étrangères différant
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de mœurs et de religion En Afrique, au contraire, tous ces obstacles se présentent à nous et rendent la tâche infiniment difficile. Nous devons donc porter la plus grande sollicitude, la plus constante activité et une patience inébranlable dans Tadministration des Arabes...
Nous avons fait sentir notre force et notre puissance aux tribus de l'Algérie, il faut leur faire connaître notre bonté et notre justice et lui faire préférer notre gouvernement à celui du Turc et à celui d'Abdel-Kader. Ainsi, nous pouvons espérer leur faire supporter notre domination, les y accoutumer plus tard (1) et à la longue, les identifier avec nous de manière à ne former qu'un seul et môme peuple sous le gouvernement paternel du roi des Français.
La bonne administration ne doit pas nous dispenser de rester forts et vigilants, mais il est permis de croire qu^elle nous donnera l'avantage de n'employer la force que rarement. La supériorité des principes en administration n'est pas moins nécessaire qu'en guerre. C'est au système de guerre adopté et suivi dans toute l'Algérie que nous devons la conquête ; nous la conserverons par un bon système d'administration suivi dans toutes les localités aussi uniformément que possible
Il ne suffit pas^ ajoute-t-il plus loin, de faire un bon choix de fonctionnaires arabes, il faut encore les surveiller, les diriger, s'occuper de leur éducation, de manière à les modifier graduellement; il faut en môme temps les entourer de considération, afin de maintenir leur dignité et les faire respecter de leurs administrés.
Voilà pour les fonctionnaires. Les simples Arabes doivent
(1) Do récenles discussions au Parlement (nov. 1882) ont démontré combien étaient justes les principes du maréchal, et quelle faute avait commise la République en 8*eu écartant.