‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 96 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

être traités avec bonté, équité, humanité! Il faut écouter leurs plaintes, leurs réclamations, les examiner avec soin« afin de leur faire rendre justice s'ils ont raison et les punir s'ils se sont plaints à tort.

Bugeaud s'attacha surtout, comme il le disait, à donner aux Indigènes une administration qui fût conforme à leurs mœurs, qui les forçât à préférer notre autorité à celle de l'Émir. Pour obtenir ce résultat, il suffisait d'être équitable. Le principe des amendes fut maintenu, mais l'application en fut réglementée de telle sorte que chacun put payer ou recevoir intégralement ce qui était dû.

Par sa circulaire du 2 janvier 1844, il maintient la responsabilité et la solidarité des tribus. En même temps, il fait connaître à quelle condition ce grand principe sera surtout efficace. Il associe la responsabilité des chefs à celle de la tribu mênie :

C'est aux fonctionnaires qui jouissent, dit-il, des avantages et des prérogatives du pouvoir de veiller plus que tous autres au maintien de Tordre et à la répression des brigandages.

Il ne s'agissait point seulement d'établir l'ordre, il fallait encore asseoir sur des bases sérieuses et indestructibles notre domination. Il fallait amener le bienêtre et nous attacher les populations soumises par le lien si puissant de l'intérêt. De là, la transformation du territoire au moyen des travaux publics, barrages de rivières pour les irrigations, construction de routes, chemins, ponts, fontaines, puits^ abreuvoirs. Le maréchal Bugeaud conçut ingénieusement la pensée

218 l£ MARÉCHAL BUGEAUD.

de faire participer les tribus à ces travaux multiples dont Texéculion dépassait les ressources du budget de la colonie. Elles durent s'imposer, pour la totalité des dépenses en certains cas, d'autres fois pour une pari seulement quand les dépenses excédaient leurs facultés pécuniaires [Circulaire du {^ novembre 1844). Notre génie militaire et les entrepreneurs civils y concouraient de leur côté. Les Arabes, du reste, ne se montrèrent point réfractaires à cette association.

En dehors de l'action directe et énergique de l'administration, le maréchal, après avoir employé la force, a recours à la persuasion et veut, tour à tour, dominer les Arabes par les armes et les ramener par la parole. 11 veut leur faire aimer notre gouvernement après les avoir fait trembler devant notre puissance. Voilà les conseils de sa haute raison, les enseignements de sa longue expérience :

Le premier moyen de réparer les maux de la guerre et d*6trc heureux, dit-il aux Arabes {Proclamation du 5 juilki 1815), c'est de rester fidèles à la promesse de soumission que vous avez jurée el devant laquelle nous avons arrêté nos escadrons et nos bataillons. Il faut accepter franchement le décret de Dieu qui a voulu que nous soyons venus gouverner ce pays. Vous savez les malheurs qui sont arrivés aux tribus qui se sont révoltées contre nous et les volontés de Dieu.

Le second moyen, c'est de vous occuper avec activité ei intelligence de Tagriculture et du commerce. Établissez des villages, bâtissez de bonnes maisons en pierre et couvertes en tuiles pour n'avoir pas tant à souffrir des pluies et du firoid en hiver, de la chaleur en été, taillez de beaux jardins et plan-

Page 1