‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 100 sur 294 · CHAPITRE VI. V · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. V

M. Odilon Barrot, — Vous ne pouvez comparer la France, même la Vendée à l'Espagne. C'est une insulte à ce pays.

M. Bugeaud, — A quel pays?

M. Odilon Barrot. — C'est une insulte à la Vendée et à la Bretagne qui sont habitées aussi par des populations patriotiques.

M. Bugeaud, — Je ne sais comment on peut voir là une injure à la Vendée. Je compare les chouans au guérillas, et il y a entre ces termes de comparaison une parfaite identité... On ne détruit pas des bandes avec des utopies ; il faut des fusils, de l'activité, de la constance, du courage, et, surtout, des jambes.

n ne faut pas, en général, les poursuivre; c'est un mauvais moyen. Cette guerre est comme une chasse à la bête fauve ; il faut agir par enceintes et par embuscades. Quand on annonce qu'une bande a paru dans tel ou tel village, il ne faut pas y courir par la ligne droite ; il faut diriger des détachements sur les points de retraite et leur donner le temps d'y arriver avant de se présenter au village. Des embuscades sur les passages de rivières et des croisières de route doivent réussir quelquefois si elles sont variées et bien dissimulées. En été, ce moyen, selon moi, serait moins fatigant et plus utile que les courses multipliées que l'on fait. L'officier en cantonnement doit connaître exactemeût les chemins, sentiers, ravins, ruisseaux dans le rayon qui le sépare des cantonnements voisins. Les cantonnements doivent communiquer par des signaux. Le rôle de chaque détachement doit être tracé à l'avance afin que, quand une bande est signalée, chacun, sans perdre de temps, aille occuper les postes désignés.

Ce système bien organisé pourrait, ce me semble, donner des résultats heureux ; mes frères d'armes en jugeront ; maië

le meilleur de toas les moyens, c'est Tordre an dedans. Si Yous voulez que la chouannerie finisse, qUe le gouvernement soit fort contre les carlistes, cessez vous-même de l'attaquer violemment et de lui lier bras et jambes pour lui dire après : Soyez fort 1 (Vive interruption aux extrémités. — Voix : De qui parlez vous? A l'ordre!)

Le 11 mai 1835, il décrit ce qui, selon lui, constitue le bon soldat.

On a cru qu'il suffisait d'apprendre à un soldat à faire l'exercice pour en faire un bon soldat : ceci est une erreur. L'exercice est la moindre chose dans l'éducation d'un soldat. On n'est soldat que quand on n'a plus la maladie du pays, quand le drapeau du régiment est considéré comme le clocher du village; quand on aime son drapeau; quand on est prêt à mettre le sabre à la main toutes les fois que l'hoimeur du numéro est attaqué ; quand on a confiance dans ses chefs , dans son voisin de droite et de gauche ; quand on les aime ; quand on a mangé longtemps la soupe ensemble, selon l'expression de l'Empereur. Voilà, Messieurs, ce qui fait le véritable soldat! (Service septennal.)

Pourquoi la loi de recrutement exige-t-elle sept ans de service (1)? Parce qu'elle a pensé qu'il fallait sept ans pour

(1) Nous sommes loin aujouid'hui du service de sept années. Abaissée depuis 1868 à cinq années qui se réduisaient en réalité & quatre, la durée du seryice militaire ne sera bientôt plus , si les idées qui prévalent aujourd'hui reçoivent leur application, que de trois ans. L'armée, dans ces conditions, n'est plus qu'une école que traversent le plus rapidement possible, pour y recevoir une instruction militaire plus on moins complète, tous les jeunes citoyens en état de porter les armes, et dans laquelle ils reviennent s'encadrer au jour du danger ; mais encore faut-il que ce cadre soit très solidement et très énergiqnement constitué pour suppléer à l'éducation militaire qui fait défaut à tous les jeunes soldats, et pour recevoir sans craquer et sans se désorganiser, cette immense marée humaine qui vient en deux ou trois fois vingt-quatre heures plus

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