‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 101 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

faire un bon soldat. Un homme devient soldat dans les trois premières années de service; mais il ne le deviendra jamais s'il a l'idée qu'il ne restera que trois ans sous les drapeaux...

Ici intervient une véritable prophétie des dangers dont devait nous menacer la guerre de 1870.

On ne défend, ou l'on n'envahit les empires que par des batailles. La guerre va très vite, et si la paix était troublée, vous n'auriez pas, comme au commencement de la Révolution française, le temps d'organiser des troupes. Je le répète, la guerre marche vite aujourd'hui, et il faut être en mesure dès le début de livrer des batailles avec des chances de les gagner. Une bataille gagnée donne à l'armée victorieuse des avantages immenses ; elle gagne habituellement un carré de quatre-vingts lieues de côté.

C'est au député Bugeaud que l'on doit l'initiative d'un projet de loi sur le recrutement de Vannée. Il s'agissait de la substitution de la prime de réengagement au remplacement militaire. C'est le système qui fut adopté sous le second Empire.

Nous noterons seulement la patriotique péroraison d'un long discours prononcé le 23 avril 1836.

Un orateur, dont je ne partage pas les opinions politiques, nous disait naguère à cette tribune : « Avant la liberté inté- « rieure, l'indépendance de l'étranger. » Cette fois je me

que tripler l'effectif de rannée du pied de paix. Tout est là ; ne réduire la durée du service que le jour où les cadres, et surtout les cadres inférieurs de la troupe, c'est-à-dire les sous-officiers présenteront une très grande solidité.

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suis senti en sympathie avec lui. Eh bien, c'est Tindépendance extérieure que j'ai surtout en vue dans ce projet ; c'est ce sentiment qui me donnera assez de persévérance pour reproduire ma proposition, l'an prochain, si elle est rejetée aujourd'hui ; et je la reproduirai toujours jusqu'à ce qu'elle soit incorporée dans notre loi de recrutement, convaincu que c'est une des bases les plus solides de notre avenir.

Messieurs, nous ne pouvons espérer lutter de nombre contre la coalisation improbable, mais possible, des puissances qui nous touchent. Il faut donc lutter par la qualité. Après un certain chiffre, c'est la qualité qui décide plus que le nombre. Je vous offre la qualité (1).

Croyez qu'avec le système moderne, la guerre marche vite et que les premières batailles décident du sort de la campagne. Une bataille gagnée donne au vainqueur un carré de soixante ou quatre-vingts lieues de côté. Paris est dans ce

(1) C'est làréternel sujet de controyerses des gens du métier. La qualité doit-elle être sacrifiée à la quantité, on vice rersa ? Actuellement il n'est pas une nation en Europe dans laquelle le principe de la quantité ne prévale. Que la guerre éclate, ce n'est plus une armée de métier qui la soutient, c'est la nation tout entière qui s'arme pour sa défense. Alors que des nations voisines peuvent lancer sur notre territoire des armées de première ligne de plus de un million deux cent mille hommes, sans compter les troupes de seconde ligne )lus spécialement chargées de garder le territoire, serait -il possible, comme le désirait le maréchal Bugeand, de se borner à rechercher la qualité, c'est-àdire de se contenter d'opposer à l'avalanche envahissante une armée de quatre cent mille hommes seulement, mais rompus au métier des armes et aux itir tigues de la guerre ? Peut-être , répondrons-nous, oui, mais avec un Bonaparte commandant en chef I Mais à défaut de l'homme de guerre capable de compenser par son génie la disproportion des forces , il était difficile de ne pas chercher à opposer le nombre au nombre et à utiliser également toutes les forces vives de la nation. Et il en sera ainsi dans toute l'Europe, jusqu'au jour probablement fort éloigné encore où, dégoûtées des charges excessives de toute nature que leur impose Tentretien d'un état militaire exagéré, les nations, cessant d'être en mutuelle défiance vis-à-vis les unes des autres, reviendront à l'ancien système des armées de métier à effectif restreint. Mais comme aucune d'elles ne se décidera à commencer et à donner l'exemple, il est fort difHcile de prévoir le moment où cette réforme sortira du domaine de l'utopie pour entrer dans celui de la réalité.

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