CHAPITRE VI
On a défendu, dit-il, les intérêts des propriétaires et des industriels ; il m'appartient de venir défendre ceux de l'armée. Il importe de faire arriver dans l'armée toutes les classes de la société. Or, d'après les amendements que vous avez adoptés, il est évident que certaines supériorités sociales n'enverraient pas leurs enfants dans l'armée, parce que ces enfants auraient l'espérance d'arriver plus promptement à la pairie par les fonctions civiles que par des grades dans l'armée.
Ainsi, tel qui peut laisser à son fils des propriétés payant 3,000 fr. d'impôt n'enverra pas ses enfants à l'armée, parce que là, ils sont à peu près dans un cul-de-sac (On rit) s'il s'agit de la possibilité d'arriver à la pairie.
Une voix. — Il peut arriver à un grade supérieur.
BtLgeaud. — Hé, Messieurs, sur 20,000 conscrits, il n'y en a pas un qui arrive lieutenant général!
Il existe des militaires qui, non seulement servent dans l'amée et se font cribler de blessures , mais exercent encore une grande industrie ; c'est donc un double service qu'ils rendent en même temps. Si vous exigez que ces militaires , après trente ans de fatigues dans l'armée et payant 3,000 fr. d'impositions, soient dans l'obligation de se faire nommer d'un conseil général pour pouvoir prétendre à la pairie, cela sera souverainement injuste... N'oublions pas l'armée : nous ne sommes point arrivéfir au temps oti nous pourrons désarmer, où l'impraticable paix de l'abbé de Saint-Pierre sera possible.
Le 15 janvier 1840, on avait contesté à la Chambre r opportunité de confier un service actif aux généraux députés, le général Bugeaud défendit ses droits avec vivacité.
214 LE ^lARlêCHAL BUGEAUD.
M. Guilhem, dit-il, regarde comme une atteinte à la dignité de cette Chambre Temploi des militaires dépatés dans leurs grades respectifs. Voilà, il feut le dire, une étrange doctrine ! Voudrait-on nous enlever le noble privilège de servir le pays de plusieurs manières ? La confiance de nos concitoyens serait-elle traduite pour nous en ostracisme militaire? Non, Messieurs, cette confiance nous impose de plus grands devoirs que nous saurons remplir. Nous devons, ici, faire des lois dans l'intérêt de tous ; nous devons défendre ces mêmes lois dans les rues contre les factions quand elles les attaquent ; enfin nous devons aller à la frontière toutes les fois que la patrie le demande.
Certaines délibérations de la Chambre donnèrent au général Bugeaud T occasion d'aborder sur les principes de la stratégie, sur les qualités du soldat, sur le plus ou moins d'utilité des fortifications, des discussions de principes. Son opinion, insuffisamment appréciée en France, a été, il est regrettable de le dire , beaucoup plus remarquée à l'étranger et surtout en Allemagne.
Le 20 mars 1832, à l'occasion d'une discussion sur des secours à donner aux anciennes armées de l'Ouest, il développa un intéressant exposé de la guerre d'embuscade, telle qu'il la comprenait :
En Espagne , dit-il, nous avons eu pendant six ans des gtierillas ou bandes au milieu de nos armées. Certes, nous ne les ménagions pas. Ce n'étaient pas des carlistes, et rarement on en pouvait détruire quelques-unes. Qu'on évite donc d'accuser le ministère de ne pas faire cesser ces désordres ; cela n'est pas en son pouvoir, actuellement.