‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 102 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

carré I... Un esprit d'opposition à jamais déplorable vous a empêché de fortifier Paris; fortifiez la France entière en acceptant l'année telle que je vous la propose.

Le 12 juin 1838, il parle de la nécessité de ne pas multiplier les places fortes ; il aborde la question des fortifications de Paris.

Les événements de 1814 et de 1815 n'ont point passé inaperçus dans mon esprit. Or, je considère l'abus des places fortes comme le plus grand danger qui menace le pays.

Les places de guerre absorbent quand elles sont trop nombreuses (et dans mon opinion, elles le sont trop) la plus grande partie des forces actives. Or, ce sont les armées qui défendent le territoire ; ce sont les armées qui font les conquêtes et qui les conservent. Je ne veux pas dire qu'il faut supprimer toutes les places de guerre; mais je dis qu'il faut faire un bon choix de celles qui peuvent rendre des services : trop multipliées, elles peuvent perdre le pays.

Les officiers du génie disent : Si nous ne les avions, nous ne les construirions pas ; mais puisque nous les avons, gardons-les! C'est le même raisonnement que pour l'Afrique!

Messieurs, si ces places de guerre pouvaient se conserver sans danger, comme les monuments surabondants de nos villes, je dirais : Q-ardons-les, même au prix de quelques millions. Mais il y a grand danger à conserver ce qui est inutile. Quand la guerre arrive, il faut mettre des garnirons dans ces places fortes ; il ne faut pas les laisser au pouvoir de l'ennemi.

Mais quand vous êtes en avant, dit-on, quelques vétérans, quelques gardes nationaux suffisent. Quand on est en avant, c'est bien ; mais quand on passe en arrière, c'est difi*érent.

Pourquoi passe-t-on en arrière? Parce qu'on a perdu une bataille et qu'on est trop faible. Et c'est dans le moment où l'armée a besoin de renforts, que l'armée est hors d'état de tenir campagne, qu'il faut mettre garnison dans les places!

Qu'arrive-t-il alors? que les places de guerre tombent les unes après les autres parce qu'il n'y a pas une armée en campagne pour les protéger... Je me rappelle qu'en 1836 j'arrivai à Alger; je m'informai de l'effectif de l'armée ; il était de 12,000 honmies. Il arriva, à cette époque, un événement à Bougie ; le commandant y fut assassiné. On crut que cette ville était menacée, et l'on voulut y envoyer un renfort de 800 hommes. Le général qui commandait à Alger ne trouva pas 350 hommes; et cependant il y en avait 12,000. Pourquoi cela? Parce qu'on avait tellement multiplié les camps, les blokhaus dans le Sahel et la Mitidjah que les 12,000 hommes étaient absorbés... Quoique je désire voir supprimer quelques places, je ne dirai certainement pas les places qu'il faudrait supprimer. Je désire en même temps qu'on en construise quelques-unes dans l'intérieur, sur la Loire, par exemple, afin de ne pas avoir tous nos établissements militaires sur la frontière.

Mais surtout je désire voir reprendre cette grande questions des fortifications de Paris.

Parce que la question a été quelque temps impopulaire, ce n'est une raison pour ne pas la reprendre. Je tiens autant

qu'un autre à la popularité mais je tiens encore plus à la

sâftté, à la dignité, à l'indépendance de mon pays vis-à-vis de l'étranger, et j'ai la conviction la plus entière que tant que nous n'aurons pas fortifié Paris, nous ne pèserons pas en Europe le poids que devons y avoir.

Savez-vous qui s'est réjoui en voyant cette question abandonnée? c'est l'étranger!

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