‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 104 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sérieuse, on n'a pas assez de munitions pour une seconde.

L'ennemi, marchant sur Paris, rencontre notre première ligne, les forts; il est obligé de s'arrêter et de faire un siège. Combien de tiemps lui faudra-t-il pour faire arriver à cette première ligne le matériel nécessaire ? Est-il tout préparé d'avance , il lui faudra au moins quinze jours. Je suppose que ce fort ainsi attaqué ne se défende que dix ou douze jours ; il faudra vingt-sept jours avant de pouvoir marcher sur l'enceinte.

Alors l'ennemi sera obligé de faire venir un nouveau parc de siège, car celui qui lui aura servi pour les forts ne sera pas suffisant pour attaquer la place.

Pendant longtemps, j'ai cru que l'enceinte n'était pas absolument nécessaire; qu'il suffisait d'une défense exté*rieure, mais depuis, par la discussion, je me suis convaincu du contraire, et, maintenant, je tiens à l'enceinte tout autant que je tenais autrefois à la défense extérieure. L'une et l'autre sont nécessaires ; elles se complètent l'une l'autre ; il faut les avoir toutes deux, si vous voulez que Paris joue le rôle qu'il doit jouer dans la défense générale du royaume. Il faut que Paris puisse faire une défense énergique qui permette à une armée battue de se refaire, aune armée qui se forme de s'organiser et, pour cela, il faut plus de temps qu'on ne pense.

Je sais ce que c'est que l'offensive et cependant le caractère national n'est pas là seulement. Ce serait une grande injure que vous auriez faite, monsieur de Lamartine, au caractère national que de dire que la guerre défensive serait contraire au caractère français ; ce serait dire en propres termes que les Français sont de mauvais soldats ! (Très bien.)

C'est dans les guerres défensives, c'est dans les retraites, que l'on voit le véritable courage, le véritable aplomb des

soldats. Dans l'offensive tout le monde va bien ; quand on va en avant; il n'y a pas de lâches. C'est dans la guerre défensive que l'on connaît les véritables soldats.

Ce n'est donc pas méconnaître le caractère français que de lui faciliter les moyens de faire la guerre défensive. H la fera tout auâsi bien que quelque peuple que ce soit. On a dit qu'il ne fallait pas l'enfermer dans des murailles. C'est assurément une pensée fort Spartiate; mais je ne crois pas le moins du monde qu'on en revienne à défendre les empires par la poitrine, pas plus qu'on ne reviendra au brouet noir. (Hilarité générale et prolongée.)

Nos armées savent toutes qu'il faut d'abord se donner la victoire en rase campagne, s'il est possible ; mais la victoire peut être infidèle ; les plus grands généraux ont éprouvé des défaites ; il faut donc que les armées aient derrière elles des points d'appui vigoureux, des points d'appui véritables où une armée puisse trouver tout ce qui lui est nécessaire pour se refaire de ses pertes, son habillement, son armement, son équipement. A cet égard-là je ne crois pas qu'il y ait une autre place dans le monde qui puisse égaler Paris quand vous l'aurez fortifié.

L'honorable M. PicHard nous a dit que si TAngleterre devait dominer par ses vaisseaux, la Russie parle fer, nous devions, nous, dominer par les idées et par la civilisation.

Messieurs, je désire assurément que mon pays soit à la tête de la civilisation ; mais je ne crois pas que si nous avions le malheur d'avoir à soutenir une guerre de coalition, ce fût une très grande ressource, contre les armées étrangères, de leur envoyer des idées en échange de leurs boulets. (Hilarité générale.) Assurément ce serait une fort mauvaise défense.

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