‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 107 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Je conviens que le fardeau du budget de la guerre est dur ; ^ mais il est la conséquence de vos institutions et de votre position géographique.

Avec une forme de gouvernement analogue à celle des puissances du Nord, ou si, comme l'Amérique, vous étiez à 2,000 lieues de toute puissance militaire, vous pourriez n'avoir qu'une faible armée. Mais comme vous avez à défendre et vos institutions et vos vastes frontières, il vous la faut formidable. Pour l'avoir telle, il faut qu'elle soit régie par de bonnes institutions qui attirent ou retiennent dans les rangs des hommes de talent et d'énergie.

Sous l'ancien régime, lorsque la noblesse croyait déroger en se livrant à d'autre métier que celui des armes, on pouvait se dispenser de lois matérielles sur l'armée aussi larges que celles qui nous régissent. Les cadets de famille étaient une abondante pépinière. Aujourd'hui, qu'il n'existe plus de castes privilégiées, que tous les Français sont également admissibles aux emplois militaires, il vous faut des institutions qui assurent à la profession des armes un avenir qu'on chercherait ailleurs si on ne le trouvait là.

Si vous trouvez la charge trop lourde, n'ayez pas d'armée plutôt que d'en avoir une mécontente de son sort et partant mauvaise. Que tout Français devienne un soldat exercé ; qu'il quitte le comptoir ou l'atelier deux fois par semaine pour aller au Champ de Mars. Ce système serait bien plus coûteux encore et bien moins sûr. Rien ne peut remplacer une armée permanente quand nos voisins en ont qui, en deux semaines, peuvent aborder vos frontières.

Je repousse comme de dangereuses utopies les idées qui avaient cours après 1830 que la République enfantait des armées; que les héros de Juillet après avoir vaincu les Suisses de Charles X tiendraient tête à l'Europe.

230 LE MARl^CHAL BUGEAUD.

Avant les intéressantes révélations de M. Camille Ronsset, le général Bugeaud avait réduit à de justes proportions la légende des volontaires de 1792.

L'antre jour, dit-il dans la séance dn 17 février 1834, M. de Lndre a prétendu que j'avais dit la République aussi favorable à la discipline que tout autre gouvernement.

Je suis très loin de le penser. La République, au contraire, est ennemie de toute espèce de discipline. Plus il y a de liberté, plus il y a de clubs, de sociétés populaires, de liberté de la presse; moins il y a de discipline. (Murmures aux extrémités.)

J'ai dit que, sous la République, les gouvernants, sentant combien les liens de discipline se dissolvaient tous les jours, ont demandé des lois extrêmement sévères. Ils les ont obtenues et ce n'est que lorsque les lois sévères ont été rendues que la discipline est rentrée dans l'armée dont les clubs l'avaient chassée.

Au sujet des héros de Juillet et des volontaires.de 1792, il dit, le 6 janvier 1834 :

Les combats de juillet 1830 ont tourné la tête à beaucoup de monde. On s'est imaginé que puisque 7 à 8,000 hommes de la garde et des Suisses avaient été battus dans Paris, on pouvait battre toutes les armées de l'Europe... Je ferai observer que dans les rues de Paris, il n'y a pas de manœuvres à faire, aucun de ces mouvements qui, coiome à Warterloo, prenant l'armée en flanc et en revers, décident la victoire, lors même que chaque soldat serait un Achille ou un ^'ax. Dans les rues de Paris, ce sont des combats individuels. D'ailleurs les troupes étaient dans la position la

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