CHAPITRE VI
plus difficile, au sein de rues qui sont des défilés bordés de forteresses, où elles recevaient la mort de toute part sans pouvoir la donner, où elles ne pouvaient faire usage de cette tactique qui fait la puissance d'une armée en campagne.
Ensuite, on s'est fié à Tenthousiasme. Selon bien des personnes, c'est un grand moyen de guerre. L'enthousiasme est une bonne chose quand il est accompagné de bons bataillons. Quand l'enthousiasme est seul, c'est une vertu passagère, éphémère. Comme toutes les passions violentes, le moindre obstacle suffit pour le détruire ; quelques journées de mauvais bivouac le font tomber. Une batterie de 40 bouches à feu qui vomit la mitraille sur les enthousiastes (On rit) a bientôt fait taire les cris d'enthousiasme. On nous a dit à satiété que les bataillons de Volontaires, dans le commencement de la Révolution, avaient, grâce à l'enthousiasme, vaincu l'Europe. C'est faux I Vous n'avez qu'à consulter l'histoire. Dans les deux premières campagnes, les bataillons de Volontaires furent presque indisciplinables, parce qu'il s'y trouvait des hommes qui avaient apporté dans l'armée l'esprit des clubs , incompatible avec la discipline et la force militaire. Us furent battus dans presque toutes les circonstances. Ce n'est qu'à la bataille de Pleurus qu'ils ont commencé à rendre des services. (Interruption.) Messieurs, ce n'est qu'à Fleurus I A Jemmapes et Valmy, les principales forces étaient composées de la vieille armée de ligne.
On a dit encore que c'était le régime de la Terreur qui avait sauvé la France. C'est une erreur qu'il importe de détruire. C'est le système de guerre que suivaient les étrangers qui a sauvé la France. C'était un système de tâtonnement, imaginé, je crois, par un feld-maréchal autrichien appelé M. de Lassy, qui consistait à marcher à pas de tortue, à
s'établir sur toutes les rivières, à prendre une place à droite et à gauche, avant d'aller en avant. Voilà ce qui a sauvé la République française ; ce qui lui a permis de rassembler des hommes, et de les préparer aux grandes choses qu'ils firent plus tard.
Le 9 janvier 1834, il reprend le même thème.
On m'a accusé d'avoir parlé avec quelque dédain de nos Volontaires de 92. Ce serait une grave erreur d'élever contre moi ce reproche. Je sais que ces Volontaires ont fait la gloire de nos armes. Plusieurs sont devenus de grands capitaines, d'illustres généraux. Presque toute l'Europe a été le théâtre de leur gloire.
Mais ce que j'ai dit, c'est que nos Volontaires ont éprouvé des revers dans les deux premières campagnes, à cause de leur inexpérience. Parmi eux se trouvaient des hommes indisciplinés sortant des clubs. L'esprit du club, je le repète, est incompatible avec la discipline et la force d'une armée. Voilà quelle a été la cause de ces désastres. {Voix diverses : C'est très vrai !)
Je dis que ces Volontaires ont quelqueTois montré de mauvaises dispositions par ignorance et par faute de discipline. Quand ils étaient battus, ils tiraient sur leurs chefs qu'ils accusaient de trahison. Plusieurs généraux, entre autres Fillon, ont été tués par leurs propres soldats. Cela ne serait point arrivé s'ils eussent été disciplinés.
Après avoir vanté les succès de l'armée d'Italie^ il dit que le camp de Boulogne fut une école encore meilleure :
Bappelez-vous la fameuse campagne de 1805; une armée