CHAPITRE VI
autrichienne détruite en huit jours ; notre arrivée à Vienne, en quelque sorte, au pas de course, et de là Austerlitz ! Jusque-là les batailles de la Révolution n'avaient été que des jeux d'enfants comparées à la guerre de 1805. (Murmures aux extrémités.) Sans doute les batailles d'Italie sont fort belles ; mais comparées aux batailles de Wagram, d'Iéna et à toutes les autres batailles de l'Empire, ce ne sont, je le répète, que des jeux d'enfants ! (Nouvelle interruption.) Je ne veux pas rabaisser les batailles de la Révolution ; mais je sais les apprécier à leur juste valeur.
S'il ne croit pas que telle ou telle opinion politique puisse créer de bons soldats, Bugeaud, généreux et sincère, admet que la confraternité d'armes au sein d'un même régiment efface l'aigreur des nuances politiques.
Je ne connais pas, dit-il, le 16 septembre 1831, dans l'un de ses premiers discours, je ne connais pas de carlistes dans l'armée. Du moment où le canon tirera, tous seront des braves à mes yeux. (Vive adhésion.) Quant à moi, si j'avais des carlistes dans le corps que je commande, je suis sûr que je les ferais bien se battre; et quand ils se seraient bien battus, je les embrasserais comme de braves frères d'armes (1).
A diverses reprises, il défend l'éducation militaire et combat la suppression projetée de l'Ecole militaire de la Flèche.
... Oui, dit-il, le 2 janvier 1832, il faut de l'instruction pour faire un soldat. Mais ce n'est pas seulement six mois
(1) Telle est la généreuse pensée que M. Armand Marrast, dans son article biographique sur le maréchal Bugeaud, a traduite par l'ineptie laconique suivante : (f Pour moi, je ne connais pas les carlistes. D
qu'il faut; c'est plus longtemps, soyez-en convaincus. L'instruction seule ne suffit pas pour faire an soldat. Ce n'est pas assez de savoir faire l'école de peloton, marcher au pas et charger son fusil. On n'est soldat que lorsqu'on ne regrette plus le toit paternel, qu'on est inspiré par la gloire, qu'on est attaché à son drapeau, qu'on professe un culte pour ce même drapeau. Ces aggrégations de sentiments forment les véritables régiments...
Je ne repousserai certainement pas l'idée très noble, très généreuse, de donner une éducation militaire à toute une nation. Que dans des lycées, partout, on donne des idées de guerre, qu'on y fasse des cours de politique, de stratégie, comme des cours de grammaire. Mais ni votre amendement, ni le projet ne remplissent ce double objet. Espérons que quelque habile homme résoudra cette difficulté. Jusque-là, je m'en tiens au projet proposé, parce que je ne veux pas apporter de perturbation dans la société
L'honorable auteur de l'amendement, dit Bugeaud, revenant sur le même sujet dans la séance du 19 mars 1832, voudrait supprimeras Écoles militaires, et moi je voudrais que toutes nos écoles fussent militaires. (Bruits divers.)
... Nous ne voyons pas que les supériorités sociales s'empressent beaucoup de prendre la carrière des armes. On ne veut entrer dans le service que comme sous-lieutenant : on ne veut pas y entrer comme soldat...
Il faut donc conserver les collèges militaires^ pour donner aux jeunes gens des familles riches une éducation qui les excite à entrer au service. Sans cela. Messieurs, vous n'aurez dans l'armée que les derniers rangs de la société et cela pourrait être dangereux pour la liberté.
Le 18 mai 1835, le général Bugeaud défend encore