CHAPITRE VI
peut surprendre des places et avec la gymnastique on les surprend plus vite. Pour passer des ponts sur des poutres, des soldats formés à la gymnastique seraient d'une grande utilité. Je pourrais citer une foule d'autres circonstances... Quand nos soldats resteront sept ans sous les drapeaux comme le veut la loi, il sera possible de les former à tous ces exercices, ce qui est très diflScile, aujourd'hui qu'ils n'y restent que trois ans.
Le 11 mars 1840, il fait une sortie humoristique contre la prépondérance de l'élément civil dans les conseils de révision.
Il n'y a rien de plus illogique que de faire choisir les soldats qui doivent composer l'armée, en majorité par des .civils. (Murmures.)
Faire choisir les soldats par des hommes civils est tout aussi illogique, tout aussi mauvais que si l'on faisait choisir les magistrats par des militaires! (On rit.)
On me dira que les hommes civils peuvent juger des cas d'exemption aussi bien que les militaires ; moi je dis qu'un homme peut ne se trouver dans aucun des cas prévus d'exemption et cependant n'être point propre à faire la guerre. Voilà ce que les hommes du civil ne comprendront jamais aussi bien que des militaires.
Quand un conseil de révision rencontre un homme qui ne présente aucun défaut de conformation, il le déclare bon, tandis que nous, militaires, le déclarerions mauvais. Pourquoi? Parce que nous connaissons la force nécessaire pour supporter les fatigues de la guerre. Nous savons qu'il faut une poitrine large et des jarrets vigoureux pour porter un sac avec huit ou dix jours de provisions, soixante car-
touches dans la giberne ; un sabre , un fusil. Pour cela il faut un homme fortement constitué.
Une grande partie de nos soldats ne pourraient aller au delà du Bhin avec la charge qu'on leur met sur le dos. Ne vaudrait-il pas mieux ne lever que deux cent mille hommes, les avoir bons, et laisser cent mille hommes aux travaux civils ? On n'aurait, au moins, à payer que deux cent mille excellents soldats ; il y aurait économie et avantage sous tous les rapports.
Je sais que ces idées n'obtiennent pas de faveur ; je m'y attendais, et cependant, je remplis mon devoir de député...
Il n'admet pas la fixité des garnisons. (Séance du 14 mai 1837.)
Le général Demarçay a émis le vœu de voir des garnisons fixes, c'est-à-dire des régiments qui soient toujours dans les mêmes lieux, et recrutés par le même département. Eh bien! je ne crois pas qu'il puisse y avoir un usage plus fatal pour l'armée que celui-là! Tout le monde sait que, lorsque les soldats restent longtemps dans le même lieu, ils contractent des habitudes pernicieuses, des amours en très grand nombre. (On rit.) Ils se livrent à des vices tels que l'on a généralement reconnu qu'il faut les changer souvent de garnison...
On sait qu'en 1840 la question d'Orient faillit amener la France à déclarer la guerre à l'Europe entière. Tout vaillant homme de guerre qu'il était, Bugeaud s'opposa énergiquement à cette folie. Dans un discours remarquable qu'il prononça le 30 novembre