‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 112 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1840, il fut amené d'abord à reparler de Tinvasion de 1792.

Avec la guerre il est permis de craindre une révolution intérieure... Je sais que nous dominerions les factions. Mais cela nous obligerait à lever cinquante à soixante mille hommes de plus ; vous conviendrez que c'est là un inconvénient, alors que de si grands efforts sont nécessaires. (Agitation.)

Ce n'est pas une raison pour ne pas faire une guerre d'intérêt, une guerre d'honneur; mais c'est une considération pour ne la point faire à la légère, pour en bien peser les motifs, et ne pas montrer une trop grande susceptibilité.

Le véritable danger est dans la division du pays ; il est dans le langage des factions.

M, Dupin. — En cas de guerre, nous nous réunirions I

M, Bugeavd. — Oui, j'aurais été plus belliqueux sans cette horrible maxime qu'on ne peut résister à une grande invasion qu'avec des moyens révolutionnaires. Cette erreur funeste, barbare, malheureusement une partie de la jeunesse des écoles la partage! Et comment ne la partagerait-elle pas? Elle l'a prise dans les historiens de la Révolution. (Hilarité.)

C'est bien mépriser son pays que de lui dire qu'il ne saura résister s'il n'a la Terreur derrière lui. {Agaicche : Allons donci — Longue interruption.)

M, ManueL — Vous calomniez le paysl

M. le général Bugeand. — La Terreur, dit-on, a sauvé la France. A-t-elle le privilège d'improviser des armées, de les discipliner, de les aguerrir, et peut-elle faire sortir spontanément de terre des grenadiers comme ceux de la

garde impériale? (On rit.) Non, Messieurs, elle peut rassembler quelques moyens, faire partir quelques hommes qui n'auraient pas envie de faire la guerre, arracher quelques écus de la poche de gens qui ne seraient pas disposés à les donner. (Eires et murmures.) Mais voilà tout!

Il est temps. Messieurs, de faire justice de ces sophîsmes dangereux. Si j'insiste là-dessus, c'est que c'est une erreur profondément dangereuse pour mon pays. On dirait que ne pouvant nous sauver que par la Terreur, il feut faire la Terreur. (Vives dénégations.) Je l'ai entendu dire cent fois à une foule déjeunes gens. (Interruption.)

Voulez-vous que je vous dise ce qui a sauvé la France? Je vais vous l'apprendre peut-être, car l'histoire de la Révolution est moins connue, j'ose le dire, que l'histoire des Perses et des Mèdes. (Hilarité générale et prolongée.)

D'abord les armées de la Coalition étaient fort peu nombreuses; Tétat militaire de l'Europe n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Les hommes qui ont fait la guerre à cette époque m'ont affirmé plusieurs fois qu'il n'y avait pas en ligne contre nous plus de cent cinquante mille hommes.

Un membre* — Un tel langage est antinational !

Le général Bugeaud. — Ce n'est pas la faiblesse du chiffre qui fut la plus grande cause de succès; c'est le système de guerre qui existait alors.

Un feld-maréchal autrichien, M. de Lassy, avait publié un ouvrage spécieux qu'il appela fo Guerre méthodique. Cette méthode, ou plutôt cette absence de méthode, avait séduit l'Europe entière ; de là cette guerre de détails, de cordons, de tâtonnements qui donna du temps à la République française pour organiser ses armées.

Il était naturel qu'en mettant en avant un million d'hommes, il en sortit une armée puissante. Les premières

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