‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 113 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

campagnes ne forent pas heureuses dans ces petits combats. Quelquefois vainqueurs, plus souvent battus... (Vives réclamations à gauche.) Laissez dire les faits. Messieurs, il est nécessaire de vous les dire, au moins pour le dehors ; car il y a beaucoup de gens en France qui sont persuadés qu'en chantant la Marseillaise, cela suffît pour renverser les armées de l'Europe. (Hilarité au centre , murmures à gauche.) Il est nécessaire d'apprendre, Messieurs, que tant que nos armées ne forent pas bien organisées, tant qu'il n'y eut pas de tactique, vous n'eûtes pas de succès prononcés et vous eûtes des revers.

M, Taschereau. — Le peuple de Paris, en 1830, a prouvé qu'il pouvait renverser une armée.

M. Odilon Barrot. — L'enthousiasme et l'exaltation sont une force!

Le général Bugeavd, — J'apprécie beaucoup le chant de la Marseillaise (On rit) ; mais je crois qu'à lui seul il ne donne pas la victoire. Je trouve très bien. Messieurs, que les combattants chantent la Marseillaise avant le combat, mais non pendant l'action ; ce qu'il faut alors, c'est le silence, c'est l'aplomb. Il faut se méfier des troupes silencieuses et non pas de celles qui crient et qui chantent. (Murmures.)

Si vous aviez été poursuivis, si l'ennemi avait concentré seulement 100,000 hommes dans cette première campagne, certainement il serait venu à Paris. (Explosion de murmures à gauche et sur quelques autres bancs ; cris : A l'ordre I)

Sans cette guerre de tâtonnements, sans ces sièges de toutes nos petites places du Nord, il est probable que, malgré les fureurs de Danton, la République aurait succombé. (Violentes réclamations.)

La deuxième campagne prit une autre physionomie. Vos ar-

mées, ayant acquis de rexpérience et de rinstruction, remportèrent de grandes victoires. Elles firent de belles choses qne j'ai admirées sons la Révolution , et partagées sous TEmpire.,.

L'Europe sait très bien que derrière nos écrivains fanfarons et provocateurs, il y a une nation vigoureuse et énergique. Ce sont ces vingt-quatre millions de cultivateurs, ces huit millions d'ouvriers, ces hommes aux bras nerveux, aux mains calleuses qui ont versé beaucoup de soeur, et n'ont jamais versé d'encre I (Blres prolongés.) Nous sommes assurés que ces populations ne manqueront pas au recrutement de nos armées. Voilà ce que l'Europe sait très bien, et nous pourrons, quand il le &udra, recommencer les travaux de nos pères. Voilà pourquoi elle ne nous a pas traités avec dédain, comme le disait, tout à l'heure, M. Dufaure (On rit), je •me trompe , M. Ducos ! Ne confondons pas ! (Nouvelle hilarité.) Quand j'ai vu qu'au fond il ne s'agit que d'une part d'influence en Orient, et d'assurer à Mehemet-Ali une portion plus ou moins grande de la Syrie, j'ai compris que tous ces grands sentiments n'avaient pas d'appui suffisant. Ce n'est pas là une cause suffisante pour remuer toutes les passions généreuses du pays, et, il faut le dire aussi, ses mauvaises passions.

Messieurs, on ne doit engager son pays dans une immense lutte que pour des motifs immenses. L'honneur des nations ne ressemble pas à l'honneur des individus. Les individus se veDgent à l'instant même d'un outrage ; les nations peuvent attendre ; elles doivent choisir l'époque, le temps, les circonstances, et il n'y a, à cela, aucune espèce de déshonneur. (Approbation au centre.)

Voilà pourquoi je désire que le Gouvernement suive à présent la politique d'expectative, la politique de paix armée;

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