CHAPITRE VII
Je serai donc colonisatenr ardent, car j'attache moins de gloire à vaincre dans les combats qu'à fonder qnelqae chose d'utilement durable pour la France.
L'expérience faite dans la Mitidjah n'a que trop prouvé l'impossibilité de protéger la colonisation par fermes isolées ; et c'est à peu près la seule qui ait été tentée jusqu'ici ; elle a disparu au premier souffle de ^erre. Ne recommençons pas cette épreuve avant que le temps soit venu; la force militaire s'y affaiblirait par le fractionnement, et l'armée y périrait par les maladies, sans donner aux cultivateurs la sécurité agricole.
Commençons la colonisation par agglomérations dans des villages défensifs, en même temps commodes pour l'agriculture et assez militairement constitués et harmonisés entre eux pour donner le temps à une force centrale d'arriver à leur secours, et je me dévoue à cette œuvre.
Formons de grandes associations de colonisateurs ; mon appui, mon zèle de tous les instants , mes conseils d'agronome, mes secours militaires ne vous manqueront pas.
L'agriculture et la colonisation sont tout un. Il est utile -et bon sans doute d'augmenter la population des villes et d'y créer des édifices ; mais ce n'est pas là coloniser. Il faut d'abord assurer la subsistance du peuple nouveau et de ses défenseurs que la mer sépare de la France; il faut donc demander à la terre ce qu'elle peut donner.
La fertilisation des campagnes est au premier rang des nécessités coloniales. Les villes n'en seront pas moins l'objet de mes sollicitudes ; mais je les poussercd autant que je pourrai à porter leur industrie et leurs capitaux vers les champs; car avec les villes seules nous n'aurions que la tête de la colonisation et point le corps ; notre situation serait précaire et intolérable à la longue pour la mère patrie.
Empressons^noas donc de fonder qnelqae chose de vital, de fécond ; appelez, provoquez les capitaux da dehors à se joindre aux vôtres ; noas édifierons des villages ; et quand nons pourrons dire à nos compatriotes, à nos voisins : Nous vous offrons dans des lieux salubres des établissements tout bfttis, entourés de champs fertiles et protégés d'une manière efficace contre les attaques imprévues de Tennemi, soyez sûrs qu'il se présentera des colons pour les peupler (1).
Alors la France aura véritablement fondé une colonie et recueillera le prix des sacrifices qu'elle aura faits.
Le gouverneur général,
Siffné : BuGEAUD.
La seconde proclamation était adressée à l'armée.
Soldats de l'armée d'Afrique ,
Le Roi m'appelle à votre tête.
Un pareil honneur ne se brigue pas, mais si on l'accepte
(1) L'Algérie, noas dit le général Daumas, & partir de la mer, an Nord, jiu* qu'à une profondeur Tariable de 460 à 600 kilomètres, se divise en deux zones principales, le Tell et le Sahara, Le Tell est la partie la pins rapprochée de 1a mer ; c'est le pays des montagnes et des yaUées, des céréales et des oonrs d'ean. Ba popnlation se compose d'Arabes et de Kabyles. Les uns et les antres sniTent la religion mnsnlmane ;mais lenrs mœurs, la constitution de leur société, aussi bien que leur orig^e et leur langue en font comme deux nationalités distinctes. Le Sahara est le pays des plaines ; c'est le séjour privilégié des Arabes pasteurs qui trouvent de précieuses ressources dans ces étendues immenses et de yastes pâturages. Le manque d'eau rend cette contrée à peu près impropre à la culture. Cette différence dans la constitution du sol a pour conséquence naturelle de produire des dissemblances notables dans les mœurs et dans les richesses des populations qui l'habitent. Aux unes les produits d'une terre fertile, l'élèye des bœufs, mais une vie plus sédentaire amenée par la nécessité de ne se mouvoir que dans un cercle restreint. Aussi leur donne-t-on le nom de Hal d Gueraba (les gens de la chaumière), Hal el Haouaeh (les gens de la ferme) on Hal bU-êeh" châar (les gens de la maison de poil), suivant qu'elles vivent dans le village, dans la ferme ou sous la tente. Aux autres la facilité de posséder de nombreux