CHAPITRE VU
avec enthousiasme pour la gloire que promettent des hommes comme vous, la crainte de rester au-dessous de cette immense t&che modère Torgueil de vous commander.
Vous avez souvent vaincu les Arabes^ vous les vaincrez encore ; mais c'est peu de les faire fiiir, il faut les soumettre.
Pour la plupart , vous êtes accoutumés aux marches pénibles, aux privations inséparables de la guerre. Vous les avez supportées avec courage et persévérance dans un pays de nomades qui, en fuyant, ne laissent rien au vainqueur.
La campagne prochaine vous appelle de nouveau & montrer & la France ces vertus guerrières dont elle s'enorgueillit. Je demanderai à votre ardeur, à votre dévouement au pays et au Roi tout ce qu'il faut pour atteindre le but, rien au delà. Je serai attentif à ménager vos forces et votre santé. Les officiers de tout grade et les sous-officiers me seconderont, j'en suis sûr. Ils ne négligeront jamais ni d'épargner quelques instants de fatigue à la troupe, ni de donner les encouragements moraux que les circonstances pourraient exiger.
C'est par ces soins constants que nous conserverons nos soldats. Notre devoir, l'humanité, l'intérêt de notre gloire nous le commandent également.
Je serai toujours heureux de pouvoir signaler au Boi, non seulement les actes de courage, mais encore et sur la même ligne, les chefs qui se distingueront par les soins paternels qu'ils auront de leurs troupes , sous un climat où il faut multiplier les précautions.
Soldats I à d'autres époques j'avais su conquérir la confiance de plusieurs des corps de l'armée d'Afrique ; j'ai l'or-
troupeanz (chevaux, chameaux et moatons), d'aller et de venir sur de pins larges espaces ; pour ce motif, on les appelle arabes RaKhala^ c'est-à-dire qui changent souvent de campement .
254 k/ le maréchal bugeaud.
gueil de croire que ce sentiment sera bientôt général , parce que je snis résoin à tout faire ponr la mériter. Sans la confiance dans le chef, la force morale qni est le premier élément de succès ne saurait exister. Ayez donc confiance en moi couune la France et votre général ont confiance en
vous.
Le lieutenant général,
Siffné : BuGKAUD.
La proclamation aux habitants d'Algérie n'eut pas en France l'effet qu'en attendait le gouverneur. Elle fut loin de satisfaire les partisans nombreux de l'occupation restreinte. Ces derniers, qui avaient cru voir dans le rappel du maréchal Valée une victoire, furent assez puissants pour contraindre le ministère à donner des ordres pour l'achèvement de travaux aussi ridicules qu'inutiles. Le général de Berthois reçut, du maréchal Soult, la mission de surveiller la construction d'un obstacle continu dans la Mitidjah. Ce travail, dont nous avons vu encore les traces sur plusieurs points, dans les environs d'Alger, consistait à creuser un fossé assez profond qui , reliant Koleah , Blidah, la Maison Carrée, devait englober autour d'Alger un territoire de soixante lieues. Le génie prétendait assurer une sécurité complète au moyen de ce fossé de blockhaus qu'il aurait jalonné de cinq en cinq cents mètres et d'un certain nombre de camps situés en arrière. La pensée de cette singulière défense appartenait au général Rogniat de l'arme du génie (1).
^ ( 1 ) ^( Quoi 1 vous voulez donc là muraille de hi Chine ? Je prends an sérieux cette