‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 124 sur 294 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

guerre allait cesser en Afrique. Le général Bugeaud se hâta de renoncer à cette ceinture de postes isolés qui ne protégeaient rien. On allait occuper les villes et mettre en pratique ce système qui consiste à rayonner autour de soi en partant d'une position fixe et permanente. De cette façon Tennemi, sans cesse en alerte; maintenu à distance, se tenait forcément dans une défensive fatigante et ruineuse qui devait l'appauvrir chaque jour.

L'éternelle gloire du général Bugeaud sera d'avoir compris que nous n'avions pas en face de nous une véritable armée, mais la population ellemême, et qu'il fallait, par conséquent, pour se maintenir dans un tel pays, que nos troupes y restassent presque aussi nombreuses en temps de paix qu'en temps de guerre. Il découvrit en même temps que les populations qui repoussaient notre domination n'étaient pas nomades comme on l'avait cru longtemps , mais seulement beaucoup plus mobiles que celles d'Europe. Chaque tribu, en effet, avait son territoire limité d'où elle ne s'éloignait pas sans peine, pour faire paître les troupeaux et où elle était toujours obligée de revenir. Si on ne pouvait occuper les maisons des habitants, on pouvait s'emparer des récoltes, prendre les troupeaux et arrêter les personnes, les femmes et les enfants.

Dès lors les nouvelles conditions de la guerre d'Afrique apparurent au général Bugeaud. Il ne s'agissait plus, comme en Europe, de rassembler de grandes armées destinées à s'ébranler contre des masses sem-

blables, mais de couvrir le pays de petits corps légers qui pussent atteindre les populations à la course, ou qui, placés près de leur territoire, les pussent surveiller et les- forcer d^y rester et d'y vivre en paix. Les principes de guerre inaugurés par lui à la Sickack en 1836 allaient être mis en pratique. On allait renoncer à tout ce qui encombre la marche des soldats en Europe et supprimer presque entièrement le canon. A la voiture on allait substituer le chameau et le mulet. Des postes-magasins placés de loin en loin permirent de n'emporter avec soi que peu ou point de vivres. Les officiers apprirent Tarabe, étudièrent le pays et y guidèrent leurs colonnes sans hésitation. Gomme la rapidité faisait bien plus que le nombre, on ne composa les colonnes elles-mêmes que de soldats choisis et déjà faits à la fatigue. On devait obtenir ainsi une rapidité de mouvement presque incroyable. Si aujourd'hui nos troupiers, aussi mobiles que r Arabe armé, vont plus vite que la tribu en marche, c'est au maréchal Bugeaud que nous le devons. Tandis qu'à Paris, aux Chambres, dans la presse, on discutait avec passion sur les différents modes d'occupation de la Régence, et sur les défauts de caractère du député d'Excideuil (1) , le nouveau gouver-

(1) Dans un livre fort remarquable, intitulé Français et Arabei en Algérie, un ancien officier, M. Hugonnet, écrivait en 1860 ces lignes qui nous ont frappé. — On verra par là que le maréchal n'avait point tout à fait tort de tant haïr la presse : a La malveillance de la presse a été très préjudiciable , croyonB^nons, au général Bugeaud en ce qu'elle a dû nuire aux intérêts de sa renommée* Lui-même s'en est impressioné parfois très vivement et s'est mêlé à la polémique, avec une certaine acrimonie. On lui a même fait un reproche de s'être montré trop sensible aux attaques des journaux, et cependant la portée de ces

Page 1