‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 125 sur 294 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

neur général s'apprêtait à faire la guerre en homme qui la comprend, a: Frapper Tennemi dans ses bases d'opérations et dans ses points d'appui politiques, atteindre les populations hostiles dans leurs intérêts matériels , c'est-à-dire poursuivre Abdel-Kader à outrance et opérer dans les tribus de fréquentes razzias, telle fut sa conception, et ce fut en l'appliquant qu'il démolit pièce à pièce l'édifice de l'Émir. J>

Dès ses débuts, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant, le général Bugeaud inaugure un nouveau système, une tactique nouvelle. Jusqu'alors nos troupes, immobiUsées dans des blockhaus, des redoutes, des camps retranchés, étaient décimées par la maladie, les privations, et rendaient peu de services. Pour assurer la sécurité du pays , le gouverneur général avait un plan politique plus simple et plus efficace; c'était d'abord de forcer les tribus arabes, une fois soumises, à reconnaître des chefs pris dans leur sein, lesquels répondaient de la tranquillité du territoire. Un des mérites du général Bugeaud fut d'avoir

dernières est telle qu'elles sufliront pour empêcher de longtemps que la célébrité du maréchal Bugeaud devienne très populaire (?). C'est là une de ces injustices de l'opinion qui ne sont que trop communes. Ainsi, tel maréchal du firemier Empire, parce que son nom est cité dans les grandes batailles du commencement du siècle , dans les bulletins du grand capitaine , aura peut-être à tout jamais plus de renom que le vainqueur d'Isly, bien que doué d'une valeur moindre. Je me rappelle, pour mon compte, et je le confesse humblement, que lorsque je sortis de Saint-Cyr pour me rendre en Algérie, j'étais fort satisfait en rejoignant mon bataillon, si ce n'est sur ce point que notre belle armée d'Afrique fût sous les ordres d'un chef tel que Bugeaud. J'avais pris & la lettre les accusations d'une certaine presse. Le revirement, comme on le pense bien , ne fut pas long à se produire dans mon opinion. Quelques entretiens avec mes nouveaux camarades m'eurent bientôt détrompé, jusqu'au jour où, ayant vu personnellement le maréchal et l'ayant entendu parler guerre, je fus convaincu à tout jamais de sa réelle supériorité. »

un système précîs, un plan raisonné. En effet dès qu'il eut prouvé par des succès que sa méthode était bonne, sa présence personnelle fut moins nécessaire. Il lui fut loisible de charger ses généraux et même des officiers d'un rang moins élevé d'agir sur une portion plus ou moins étendue du territoire africain, d'après les exemples et les instructions catégoriques donnés par lui.

Les colonnes mobiles ou expéditionnaires comprenaient habituellement trois ou quatre bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie, deux obusiers de montagne et un convoi de bêtes de somme. Ces cavaliers, montés sur des chevaux du pays, avaient un harnachement aussi simplifié que possible, un vêtement léger, et ne portaient rien au delà du strict nécessaire. Les indigènes à notre solde, les contingents d'Arabes soumis nous fournissaient en outre des cavaliers excellents pour les reconnaissances, les renseignements à prendre, l'escorte et la conduite des convois. — Ces cavaliers jouaient alors le rôle que les uhlans, de lugubre mémoire, ont joué pendant la désastreuse invasion prussienne en 1870-1871.

Ce fut l'infanterie surtout qui fut modifiée par Iç général Bugeaud. Le sac de campagne que portait autrefois le fantassin lui fut donné décousu, c'est-àdire sous la forme d'un simple morceau de toile. Arrivés au bivouac, trois ou quatre camarades réunissaient chacun leur fragment, en fabriquaient une tente à l'aide de ficelles et de bâtons de support. En expédition, le soldat ne portait plus d'habit ou de

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