CHAPITRE VIII
nieux du général en chef, fit une sortie qui, combinée avec une manœuvre de cavalerie, réussit, bien que le succès ne fût pas complet, à tuer quatre cents Arabes. Un coup de canon, tiré de la place pour annoncer la sortie, avait éveillé l'attention des Kabyles, et nos troupes impatientes avaient montré un peu trop d'ardeur.
Le lendemain 4, au point du jour, dit le général Bugeaud dans son rapport daté d'Alger (13 mai 1841), je débouchai dans la plaine, résolu à poursuivre la nombreuse cavalerie que nous avions vue la veille, et que nous aperçûmes bientôt divisée en quatre bandes dont chacune présentait trois ou quatre fois autant de volume que nos deux régiments de chasseurs. Nous marchâmes vers elle ; partout elle se retira sans oser engager le combat. Tantôt elle se réunissait sur notre droite au pied des montagnes, tantôt sur notre gauche au pont du Chélif. Nous changions de direction à l'instant pour la joindre, mais toujours elle se retirait. En flottant ainsi nous arrivâmes au bord du Chélif; nous le passâmes, et le camp fut établi sur la rive gauche. . /j Ê^
Je me mis en marche le 5 à trois heures du matin pour ravager, en remontant la rive gauche du Chélif, le territoire de quelques-unes des puissantes tribus de la contrée. Les Arabes furent pris au dépourvu par cette marche... ils n'avaient pas déménagé. Abdel-Kader se trouvait parmi eux, circonstance heureuse qui amena le combat que j'avais vainement cherché la veille. L'Émir, ne pouvant abandonner ses hôtes sans les défendre, engagea ses troupes d'éhte, ayant derrière lui de nombreux cavaliers du pays,
^86 LE MARÉCHAL BUGBAUD.
[ ce qui formait une masse de 3^000 à 4,000 hommes contre laquelle je dirigeai mes deux régiments de chasseurs, les gendarmes maures et 60 gendarmes français commandés par le brave capitaine Broqneville. S. A. R. le duc de Nemonrs appnya le mouvement avec trois bataillons formés jph échelons.
Abordés par les gendarmes d'abord, puis par le 1®' et enfin par le 4° régiment de chasseurs, les Arabes furent mis en déroute et poursuivis Tépée aux reins pendant une heure et demie : cent trente-quatre cavaliers rouges restèrent sur le terrain. Dans cette poursuite on prit huit cent cinquante moutons, quatre ceûts bœufs, dix-neuf hommes et quatre-vingt-deux femmes.
Alors s'engagea une deuxième et une troisième affaire que le général en chef expose comme il suit :
Je ramenais la cavalerie avec les prises vers la colonne restée stationnaire lorsque nous aperçûmes du côté d'El-Kantara (pont du Chélif) une grosse masse de chevaux arrivant rapidement au secours des populations. Craignant pour ma cavalerie très fatiguée et mise en désordre par la conduite du troupeau, je courus prendre trois bataillons que je portai rapidement sur le flanc gauche de l'ennemi. Le duc de Nemours dirigea fort à propos ses bataillons de manière à les mettre en contact avec moi. Miloud Bel Arrach avec toute sa cavalerie de l'Ouest craignit d'être acculé au pied des montagnes très escarpées, prit le galop et s'écoula par le haut de la vallée ; l'absence d'eau sur ce chemin m'empêcha de le poursuivre.