‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 138 sur 294 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Je revenais de nouveau près de nos bagages, quand tout à coup apparut de l'autre côté du fleuve un troisième corps de 3,000 chevaux aux ordres de Berkani, bey de Medeah. Il y avait un gué entre lui et moi. Je le passai rapidement ; mais Berkani au lieu de me charger tandis que je passais le gué s'enfuit lâchement...

Cette journée, commencée par un combat brillant, a donc été intéressante encore par cette circonstance que trois gros corps de cavalerie, formant entre eux un triangle au milieu duquel je' me trouvais, ont été mis en fuite par environ 1,000 chevaux que soutenaient quelques bataillons d'infanterie (1).

(1) Aucune description ne saurait donner l'idée de ces combats d'une façon plus saisissante et plus claire que la lettre suivante du commandant de Saint- I Arnaud écrite à son frère.

BUdah, le 9 mal 184 1.

Voici, frère, une bonne et glorieuse campagne terminée ! Je suis sain et sauf et mou 1)onheur habituel m'accompagne. Tu m'as laissé sur la route de Miliauali. Le 2 mai, nous y étions vers trois heures. L'ennemi s'est montré avec plus de force que je n'en avals encore vu en Afrique : trois bataillons réguliers, plus de six mille Kabyles et huit mille cavaliers. Infanterie siu* la montagne, cavalerie dans la plaine. Tout cela a attaqué avec fureiu: vers les cinq heures du soir. Un plateau était occupé par une compagnie de zouaves qui sont attaqués par plus de hmt cents Kabyles. J'y suis envoyé avec deux compagnies de mon bataillon, et j'arrive sur la crête au moment où, montant par le revers opposé, les Arabes ont fait reculer les zouaves, qu'Us écrasent de leur fer et de leur nombre. Il &llait faire ma réputation au corps, frère, et jern'y ai pas manqué. Le terrain ne souffrant pas de clieval, je me jette en bas du mien que je laisse au milieu des l)alles, et, le sabre à la main, je m'élance à la tête de mes deux compagnies. Le feu m'entourait do trois côtés : à droite les Kabyles, tirant des crêtes voisines et montant déjà sur mon plateau ; en avant les Kabyles, si près de nous qu'ils jetaient des pierres pour faire lever la tête aux zouaves et tirer dessus à découvert ; à. gauche les cavaliers de la plaine, faisant im feu d'enfer. Eh bien, malgré tout cela, j'ai chassé les Kabyles, je les ai poursuivis jusqu'en bas en sautant de rocher en rocher, et j'ai maintenu la possession du plateau à mes zouaves.

3IaUieiu*eusement ce petit fait d'armes, passé dans un coin du tableau, a été éclipsé par la Uituille du lendemain 3. Dès la pointe du jour, nous avons été attaqués sur toute la llgneaveo un rare acharnement. Le général Bugeaud a parfaitement compris la position ; Il nous a felt nuv^qucr dans les bols et derrière des accidents de terrain , puis il a engagé des tirailleurs jnirtout, avec ordre de simuler une retraite après une demi-heure de combat. Alors, si tu avais vu cette nuée de Kabyles s'élancer à notre poursuite avec des cris de victoire, tu aur.iis été effrayé. Les balles tombaient comme la grêle. Les Arabes étaient h trente pas de nos tirailleurs. Soudain im coup de canon parti du centre, répété par] MlUanah, cliange tout à fait l'aspect des choses. Toute l'armée s'élance en trois colonnes, la charge bat et sonne partout. Ou court, on se précipite; les ravins, les rochers, une rivière, petite mais encaissée,

::^8 LE MARÉCHAL BUGBAUD.

^ Telle fut cette série de combats sous Mîlîanah dont plus tard Bugeaud, devenu maréchal, se glorifiait volontiers et dont il comparait les manœuvres à celles de la bataille d'Isly (1).

rien ne nous arrête. On francliit ces ondulations de montagnœ/et l'ennemi eurpriâ, elfray!>. fuit iwirtout, mais pas assez vite pour écliapper à Jnotre fer et à notre feu. C'était une bouclierie, et cependant l'affaire était nianquée : une colonne était partie trop tôt à ganclie, et la cavalerie n'avait pas donné franchement. Si les ordres du général eussent été bien exécutent, noas aurions tué deux mille hommes .et fait mille prisonniers. Au lieu de cela, nous n'en avons tué qu'environ cinq cents et fait quelques prisonniers insignifiants ; maLi le r<!"sultat mortel est immense.

Les Aralx» sont terrifiés. Cette masse de Kabyles, dont beaucoup venaient de Tackdempt, a «lisparu comme la poussière. Ce pays, où chaque pas coûte du sang, nous l'avons ensuite parcouru presque sans oombat. 2sous avons été plus loin qu'aucune armée française, nous avons descendu la plaine jusqu'au pont construit sur le Ohùlif par les Turcs sous la direction des Espagnols. Nous sommes revenus paz dos montagnes inac(;05>>iibles, où cent Kabyles embusqués auraient pu nous décimer; nous n'avons pas eu cent coups de fusiL Xous avons eu seulement le 5. sur le ChéUf, une assez bdUe affaire contre trois corps de cavalerie. Nous avons pris des troupeaux, brûlé tout ce qui s'est trouvé sous nos pa«.

/ En rt-sumc", cotte campagne, où l'amiée n'a [las eu quatre-vingts hommes hors de combat.

/ est ce])endant remarquable. Le général Bugcaud s'y est parfaitement placé ; il s'est montré capitaine ex))érimento et habile. On voit, on saisit aes pensées militaires. Il se bat quand il veut, il cherche, il poursuit l'ennemi, l'inciuiéte et se fidt craindre. Son activité dérorante )>lalt au soldat, qui, bien nourri, pas trop fatigué, chante les louanges de son chef. Pour moi. il est toujours excellent. Dans la journée du 3, je me suis battu comme tout le monde,

/ j'ai tué comme tout le monde : le général m'a dit qu'il me donnerait ma croix,

*^^3e vais, avec mon Intaillon, faire la grande expédition d'Oraii. Le premier liataillon reste pour oi>-Jrer sur Médéah, Tazza et Boghar, et le colonel Cavaignac et moi, nous suivons le îrDuvemeur à Oran. Comme on dévore la vie, frère! Je suis à Blidah depuis midi; demain, à cinq heures du matin, nous partons pour Alger, où nous serons le soir, et il y a douze lieues. Le 13, nous nioutoiLSsur le bateau à vapeur, letl4 nous sonuuosit Onn et le IJjioiLs partons poiu* ^Liscara. Nous resterons jusqu'à la fin de juin à nous battre dans la

[province d'Oran et à y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l'Émir. Partout il

\ jyouvem l'armée française, la flamme ù la main.

J'espère que je serai un Africain complet aprôs cette cim pagne, car de l'Est à l'Ouest, je connaîtrai toutes nos possessions en Afrique...

Signé : S.uxt-Arxaid.

(1) Après le récit de Saint- Arnaud, la lettre du lieutenant Ducrot rendant compte (les mêmes faits est particulièrement intéressante.

BUdah, If mal 194U

J'esi)4;re, mon cher père, que ma mère vous a donné de suite de mes nouvelles, et que dem'v plusieurs joiurs vous connaissez notre rentr^-e & Blidah. Cette expédition comme la iwrécéilente s'est fort bien passée. D'^cid 'ment le gjnéml Bugeaud est l'homme qui ooaYient ici. Il a trouvé moyen de faire trois fols plus de besogne que M. Yalée, dans le même temps: il fatigue beaucoup moins son monde, fait l>esiucoup plus de mal à l'ennemi et n*a presque point de blessés. Malheureusement, il nous quitte jwur aller opérer dans la proTlnoe d'Oran ei nous laisse sous les ordres «lu général Btiraguay-d'Hilliers. C'est, je crois, un homme q\û

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