‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 139 sur 294 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le généré! en chef cite à Tordre du jour, comme après le ravitaillement de Medeah, nombre de ses

ne manque pas de talent, mais il a peu d'expérience du pays. Ensuite il a sous ses ordres lieux généraux maréchaux de camp comme lui et qui déjà laissent percer leur dépit. Il est donc fort à craindre que cette rivalité ne fasse naître de fâcheux conflits dont nos afbiires peuvent beaucoup souffrir. J'espère que Cliangamier et Duvivier seront assez supérieurs ix)ur sacrifier leurs petites querelles à l'intérêt commim. N'importe, il est bien fâcheux que dans notre métier tout se fasse un peu par commérage. Nous sommes campés devant Blidah; «lans quelques jours nous repartirons pour la province de Titery et nous devons y rester, diton, jusqu'au 10 juillet. Il faut donc vous attendre à rester près de deux mois sans nouvelles. Je vais tâcher de vous mettre au courant de ce que nous avons &lt depuis ma dernière lettre. Nous sommes partis d'Alger le 22 avril avec un fort vilain temps qui «nous a accompagnés jusqu'à Blidah où nous sommes arrivés le 24. Le 25 le temps se remit im peu et le 26 dans l'après-midi nous pûmes partir de Blidah. Nous allâmes coucher de l'autre côté de la Chiflfa. Le soir, le colonel Genty me fit appeler pour me dire qu'on lui avait ordonné de détaclier deux officiers auprès dn géafeml Baraguay-d'Hilliers pour l'accompagner dans la course qu'il devait faire le lendemain chez les Mouzaia et lui donner des renseignements sur la route. Le colonel me dit une foule de choses flatteuses et finit par conclure que je serais un des deux officiers. Nous allâmes donc trouver le général qui m'accueillit d'une manière fort aimable et le 27 à une heure du matin, nous commençâmes à gravir pour la dixième ou douzième fois ces maudites crêtes. Quelques Kabyles vinrent inquiéter rarriérc-garde, mais pas en assez grand nombre pour retarder notre marche, et à une heure nous occupions le col n'ayant qu'un tué et cinq blessés. Mon régiment arriva le lendemain 28 et je repris le conunandement de ma compagnie ; nous allâmes coucher au bqis des Oliviers. Le 29 nous jetions notre convoi à Médéah et nous revenions coucher au même bivouac. La cavalerie ennemie se montra dans cette journée, mais sans oser attaquer. Le 30 les troupes se reposèrent au bois des Oliviers, quelques compagnies seulement montèrent au col chercher le convoi qui y était resté.

Le V"* mai, nous nous dirigions sur llilianah par une route inconnue jusqu'à ce jour, ('ette tentative réussit parfoitement car nous trouvâmes un chemin beaucoup plus, facile et plus militaire que ceux parcourus précédemment. Nous fûmes peu inquiétés dans notre marche. Le 2 mai, l'avant-garde eut une affaire assez chaude pour déloger les Kabyles qui occupaient les hauteurs de Millanah. Cependant le convoi fut promptement jeté dans la ville et le général Bugeaud prit ses dispositions pour châtier les Kabyles qui se préparaient à nous harceler vivement dans notre retraite. Abdel-Kader avait réuni sur ce point 5,000 Kabyles et trois batdllons réguliers qui avaient pris position dans les montagnes ; 7 à 8,000 cavaliers étaient rassemblés dans la plaine. Le général Bugeaud avait disposé tous ses bataillons par éclielons, depuis Milianah jusqu'à la plaine. Un bataillon du régiment sous les ordres du colonel Geuty était placé au centre. Nous devions feindre un mouvement de retraite de manière à engager l'ennemi en deçà d'un ravin profond (jui se trouvait devant nous. Pendant ce temps le 17" placé .à l'extrême droite devait tourner l'ennemi de manière à lui couper toute retraite. Une fois le mouvement effectué, toute la ligne devait faire un mouvement offensif, de sorte que l'ennemi entassé dans le ravin se trouvait à notre discrétion. Par un malentendu inconcevable , le mouvement commença par le 58« placé à notre gauche et avant que le 17" eût gagné sa position. Le mouvement commencé, il n'y avait plus à hésdter, toute la ligne se porta en avant, et dans quelques minutes, l'ennemi fut culbuté et nous arrivâmes pêle-mêle avec lui dans le ravin. Là 150 environ furent tués à coups de baïonnettes et plus de deux cents furent atteints par le feu de l'infanterie, mais le plus grand nombre parvint à gagner le sommet du ravin avant l'arrivée du 17* léger et se sauva. Toutes les dispositions étaient admirablement prises. Sans ce fâcheux malentendu, il est certain que la plus grande partie de ces Kabyles et peut-être les trois bataillons réguliers étaient à nous. La guerre d'Afrique (pouvait se terminer là I Quoi qu'il en soit la leçon a été bonne à tel point que nous avons abandonné T. II. 19

officiers dont plusieurs sont devenus les héros d'Afrique, de Crimée et d'Italie :1e capitaine Vergé; le général Changarnier ; le colonel Gentil ; le lieutenantcolonel duc d' Aumale ; le lieutenant Ducrot, qui a tué deux Arabes ; le capitaine d'Adelsward, aide de camp du général Baraguey-d'Hillîers, qui a tué aussi deux Arabes ; le colonel d' Arbouville , le lieutenant-colonel Cavaignac; les commandants Leflô et Saînt-Ar-

ces terribles positions sans tirer uu coup de fusil. Dans cette afbdn, le doc de Nemours a montré qu'il ne craignait pas d'exposer sa personne. Il s'est trouvé un instant aTec son état-major au milieu des Kabyles. Pres(iue à côté de lui, j'en ai tué un d'un coup de fusil et un peu plus loin j'en ai sabré un autre.

Le duc d'Aumale se trouvait kut la gauolie avec notre 1* bataillon et n'a pas eu occosiou du donner, ce dont il enrage passablement I J*ai offert au duo de Nemours une poudrière arabe que j'avais enlevée à un de ces partiouliers et au duc d'Aumale le fusil que tenait celui que j'ai sabré. J'ai été remarqué par le duo de NemoniB qui m'a adressé quelques mots on passant et jwr le général Gliangamier qui est tonjonn parfait pour moi.

Nous allons bientôt recommencer, et c'est, dit-on, pour rester 90 Joua ùàngc», il &nt espérer que je trouverai' bien l'oocasion d'attraper cette coquine de cnrix* Eaites comme moi, prenez patience. Bcvenons à ma narration. Le 4 mai Booa prtmei 1» route d'Onui et nous vînmes camper près d'un pont sur le Ohélif enTizon à 6 Henea de mUanalu Le t>, au lieu de continuer notre route, nous primes à ganohe en remontAnt la .rire du fleuve et dans la matinée nous tombions À Timproviste for des tribni qui w trouTBient an fond <Ie lu plaine. Quelques escadrons réguliers de fÈaàr engagèrent le combat aTCo nos èdairours pour doimor aux tribus le temps de filer, nuis ils furent ▼igomwwement chargés par nul ru cavalerie qui eu sabiu bon nombre et finit par rejoindre les fuyards dans le fond d'un ravin où ils trouvèrent entassés femmes, enfants, hommes, trotqManx, etc., etc. Le tout fut prLs et amené dans la colonne, la prise montait à ISO prisonniers, un millier de b(jL'nfs, deux mille moutons, une centaine dobètes de somme, quelques chevaux hamacbéa et d'assez IwUw armes. Nous revînmes coucher aux bords du Chélif. Le 6 noua reprîmes la route de la montagne et nous vînmes prendre position sur une crÊte qui domine la Tsllée du Bouroumi habitée par les Soumata, tribus très Iioetiles. Le 7 nous mazohâmes à peine quelques heures dans la même direction. Mais le soir à 11 heures tonte Fvaée partit sur plusieurs colonnes, et au point du jour nous entrions dans les montagnes qni txxde&t la Mitidjah et jiartout nous surprimes des tribus. Nous ptllâmes et inoeiuUAmes les baraques sur notre inssage et le 8 uu soir nous arrivâmes dans la plaine ohÉssant devant nous de nouil>reux troupeaux. Le 9 nous étions à Blidah. Dans toute cette expédition A nmaïqiiable par SCS rcAultuts nous n'uvoiis pas eu plus de soixante blesiéi dans tonte Ywocmèê, et o^est à pdiie si Tou u vu quelques malades. Le temps a toojoan été ai Uen m^agiS qae BOOB n'avons pas fatigué un seul instant.

Maintenant, le général Bugeaud va prendre le commandement d'un ooqiB «pédlttODnairo qui doit partir de Mostaganem et semble destiné à agir dau la vaDéa du Ghélif et dans la direction de Tackdenipt ; pendant ce temps nous ferans dlnoioB dam la |iovincc de Titery. Je me porte toujours parfaitement, j'ai bon pied, Imb cbU, imwiift oivie de bien fuire, et ma foi, Dieu aidant^ je ne désespère pas d'airivsr & qilrtr|iia chose.

Adieu, bon père, je vous embrasse de tout mon cœnr. Votce flk dérooé^

S^9i: DUGBUTa

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