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CHAPITRE IX

La vîlk et le fort étaient évacués par les habitants qnî avaient tout enlevé ; qnelqnes maisons couvertes en chaume brûlaient, incendiées par les Arabes eux-mêmes. Celles en maçonnerie, recouvertes en tuiles, étaient intactes ainsi que la fabrique d'armes, une scierie et des magasins. L'armée a travaillé immédiatement à la démolition et les soldats du génie à pétarder le fort. Le lendemain, à huit heures du mâtin, nous avons pris la route de Mascara, et des hauteurs voisines, Abdel-Kader a vu sauter la citadelle qui lui avait coûté tant d'efforts et d'argent à édifier, et dans laquelle il plaçait ses principaux dépôts d'armes et de munitions en tout genre.

Comme je présumais que les cavaliers arabes ne manqueraient pas de venir, à l'instant de notre retraite, examiner la

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et les produits de leur grossière industrie contre les denrées qui manquaient à leurs pauvres montagnes. Comme ils avaient la réputation d'être les meilleurs fantassins de la Régence, et que, dans certaines circonstances, ils avaient loué leurs services militaires aux princes barbaresques, leur nom fut donné à la nouvelle milice. Celle-ci reçut cependant daxfs ses rangs tons les indigènes, sans distinction d'origine, montagnards, ou hommes de la plaine, ouvriers des villes ou laboureurs kabyles, arabes ou coulouglis ; nais il leur fallait des chefs. Des officiers et sous-officiers français furent chargés de les instruire et de les commander. C'étaient des volontaires comme notre armée en fournira toujours, les uns rompus au service de l'infanterie comme LevaiUant, d'autres engagés d'hier comme Vergé, d';anciens philhellènes comme MoUière (mort général en revenant du siège de Rome), des officiers d'armes spéciales comme Lamoridère, tous hommes pleins de jeunesse et d'énergie, désintéressés, courageux, que n'attiraient ni Tappftt d'une solde plus forte, ni l'espoir de garnisons commodes, et qui, sans être arrêtés par l'incertitude de la récompense, affrontaient gaiement une vie toute de privations, de rudes travaux, de périls constants.

L'ordonnance royale du 7 mars 1833 fixe à dix le nombre des compagnies de zouaves, huit françaises et deux indigènes. Il devait y avoir douze soldats français dans chaque compagnie indigène. — Le commandement des zouaves, avec le grade de chef de bataillon, fut donné au capitaine de Lamoricière, qui, entré dans lé corps & sa formation, s'était plusieurs fois signalé par sa valeur et ses qualités militaires et qui, chargé récemment d'organiser le premier bureau arabe, avait montré dans ces fonctions difficiles une connaissance déjà assez complète de la langue et des mœurs des indigènes, un esprit très prompt, beau- I coup d'audace et de prudence, beaucoup de finesse et de loyauté, avec une infa> \ tigable ardeur. (Les Zouavea et les Chasseurs à pied, par M^ le duc d'Aumale.)

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destraction que nous avions accomplie, j'embusquai, derrière les décombresi du fort, les zouaves, et, dans les ruines des maisons de la ville un bataillon du 4P de ligne. A peine la colonne était-elle à une portée de canon, que 700 à 800 cavaliers arabes inondèrent les rues et les places. Le bataillon du 4P de ligne sortit brusquement de son embuscade et leur fit une fusillade qui en mit 15 sur le carreau et qui leur tua plusieurs chevaux. Les zouaves n'eurent pas la même occasion.

Le même jour et les jours suivants, jusqu'à Mascara, Abdel-Kader nous a toujours flanqués par deux grosses colonnes de cavalerie, pendant qu'un millier de chevaux tiraillaient sur notre arrière-garde. Les principales forces se tenaient à une distance et dans des positions telles, qu'il était impossible de les engager an combat contre leur volonté. J'ai tenté vainement plusieurs moyens qu'il serait trop long d'expliquer.

A Fortassa, l'ennemi réunit toutes ses forces sur des hauteurs que nous devions franchir. Ce lieu était célèbre dans Thistoire des Arabes, puisqu'ils y ont défait, il y a quarante ans , le bey Bou-Cabous : je crus qu'ils avaieiit choisi ce lieu j)our me livrer bataille. Je massai aussitôt mon convoi : la cavalerie déposa ses sacs à terre, et, sans presque aucun retard dans notre marche , nous nous port&mes vivement sur l'ennemi, heureux d'obtenir enfin un succès qui pût décider quelque chose. Nos espérances furent encore déçnes. Dès que nos bataillons, échelonnés par les deux ailes, et couvrant la cavalerie, furent à portée de canon, l'ennemi se retira au galop, et alla prendre position sur de hautes montagnes à environ deux lieues. Je renonçai à le poursuivre pour ne pas fatiguer inutilement les troupes, et je revins coucher au lieu ou j'avais laissé le convoi sous la garde de

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quatre bataillons; il y avait de Peau^ du fourrage et da bois.

Nons retrouvâmes Abdel-Kader, le 30^ snr les hauteurs qui environnent Mascara. H était renforcé par 400 chevaux que lui amenait Bou-Hamedi, khalifa de Tlemcen. Tout annonçait qu'il voulait défendre les approches de la ville. Nous fîmes la même manœuvre qu'à Fortassa; elle n'eut pas beaucoup de meilleurs résultats. Cependant on nous attendit d'un peu plus près, et nos tirailleurs et nos obus tuèrent qudques hommes et quelques chevaux. Nous prîmes, 'alors, possession de Mascara, et je fus agréablement surpris quand je vis que l'on s'était borné à briser les portes et les meubles en bois.

Grand nombre de maisons sont en ruines depuis longtemps. Mais, comme la ville est très grande (car elle a contenu autrefois de 20 à 25,000 habitants), il nous a été facile de trouver des locaux pour l'hôpital, les magasins et le casernement de la garnison. J'ai lieu d'espérer qu'en très peu de temps ces établissements seront très convenables. Il serait même possible, avec des travaux, d'y loger 6 à 7,000 hommes, et il serait très avantageux de les y maintenir; la difficulté ne consiste que dans les moyens de les y faire vivie.

Deux bataillons du IS^l^er^ un bataillon du 4P de ligne, et trois compagnies du génie sous le commandement du colond Tempoure, formèrent à l'instant la garnison, et travaillèrent sans perdre une minute à l'.établissement. Deux demi-batteries d'artillerie de réserve et de campagne furent placées dans la ville avec un nombre suffisant de canonniers pour servir les pièces.

Ce qui restait en vivres dans le convoi, sauf ceux distribués à la colonne pour regagner Mostaganem, fut porté

dans la place, et forma un approvisionnement d'environ 50 jours pour la garnison actuelle.

Nous séjournâmes à Mascara le 31 mai, et, le 1* jnin, nous prîmes la route de Mostaganem la plus courte, c'est-àdire celle qui passe par le défilé d'Akbel-Kredda. Nous espérions qu'il serait possible de couper cette petite chaîne de montagnes, qui a trois lieues de profondeur, par une route carrossable, ce qui aurait grandement simplifié la question des approvisionnements de Mascara. Nous avons été déçus dans cette séduisante espérance. C'est le terrain le plus horriblement tourmenté que j'aie encore rencontré en Afrique.

Vous en jugerez, monsieur le. Maréchal, en apprenant que l'arrière-garde de la colonne ayant été attaquée par 5,000 ou 6,000 Arabes , il m'a été impossible de lui porter aucun appui par ses flancs, quelle que ftlt ma bonne volonté et celle des troupes ; et, comme elle cheminait par une arête très étroite, il était fort inutile de lui apporter aucun secours direct. Elle a dû soutenir seule la lutte, elle l'a fait avec une fermeté digne des plus grands éloges. Le général Levasseur la commandait ; elle était composée de deux bataillons des 6" et 13® léger, d'un bataillon du 41® de ligne; en tout trois bataillons, appuyés par une section d'artillerie de montagne, et quelques fusils de remparts.

L'ennemi n'a eu qu'à se repentir d'avoir engagé ce combat, car il a perdu au moins 400 hommes dont 7 chefs et beaucoup de chevaux. Notre perte a été de 10 hommes tués, dont un officier, M. le sous-lieutenant Rachau, du 6* léger, et de 54 blessés entrés i\ l'ambulance. Peut-être eussions-nous perdu moins de monde, si nos bataillons n'avaient pas mis dans la résistance une ténacité telle, que, voyant que mes ordres de retraite rapide ne s'exécutaient pas, j'ai été

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