‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 143 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

obligé d'aller moi-même les retirer du combat pour les amener sur un terrain moins difficile, où j'étais résola de faire nn retour offensif si Tennemi s'y était engagé, ce qu'il ne fit pas. H se retira silencieusement pour enlever ses morts et ses blessés. Nous emportâmes les nôtres, car nous n'ayons laissé entre ses mains ni un seul homme mort ou vivant, ni un seul vestige qui pût lui donner occasion de chanter victoire. Il est remarquable même qu'il ne nous ait pas suivis le lendemain, quoique nous ayons couché à deux lieues du champ de bataille.

Nous sommes arrivés le 3 juin à Mostaganem, sans revoir aucun ennemi.

Notre perte, dans toute la campagne, a été de 20 hommes tués et de 85 blessés.

Dans un retour offensif, à la colonne de gauche, en allant à Tackdempt, nous avotfs fait 7 prisonniers.

L'état sanitaire est bon : nous avons ramené peu d'hommes malades. La chiffre de ces derniers et des blessés à l'ambulance, s'élevait à notre retour, à 208 dont 5 officiers.

Notre cavalerie et tous nos transports ont rencontré partout du fourrage en abondance, que leur ont fourni les récoltes en froment et en orge encore sur pied.

Nous nous préparons avec la plus grande activité à rentrer en campagne vers le 7 ou le 8. Je ne puis vous faire ici rénumération de tous les moyens possibles que j'emploie pour transporter à Mascara le plus de vivres possible, des fournitures d'hôpitaux, des outils, des faucilles, etc., etc.

J'ai eu beaucoup à me louer de mes troupes , monsieur le Maréchal, pendant cette longue et difficile course.

Suivent les éloges et les citations à Tordre du jour. On y remarque le chef d'escadron Daumas ; les capi-

taînes de Martimprey, Walsin Esterhazy; le lieutenant-colonel Pelissîer, le colonel Charron, le général de Berthois, le commandant du génie Bizot, le

capitaine de Cîssey, l'interprète Roches, le lieutenant-colonel Cavaignac, le commandant de Saint- Arnaud; les colonels Roguet, Tempoure, Randon. Le général en chef terminait ainsi, le 3 juin, son rapport au ministre de la guerre :

Le général Mustapha ben Ismaël a exécuté le 1^ juin une charge brillante pour éloigner les Arabes du défilé oh nous allions nous engager. Il a été bien secondé par El Mzury Cadour ben Moaiy et Mohamed ben Cadour. Ils ont fait mordre la poussière à bon nombre de cavaliers réguliers.

M. le colonel Delarue, oflScier de votre état-major, ami intime du général de Lamoricière, ne l'a pas quitté un seul instant, si ce n'est pour se mêler aux actions où ne se trouvaient pas les troupes de son ami.

M. de Corcelles, membre de la Chambre des députés, a accompagné la colonne, assistant à tous nos engagements ; il a pu, dans cette marche de près de 80 lieues, étudier réellement l'Afrique. Il serait à désirer que beaucoup de membres des deux Chambres eussent pu voir conmie lui.

M. de Tocqueville, frère du député et ancien officier, n'a pas oublié son métier et son ardeur ; il s'est mêlé à tous les petits combats qui ont eu lieu à l'arrière-garde et sur les flancs, et il nous a fait regretter vivement qu'il ait quitté les rangs de l'armée.

Pendant que s'écroulaient les murs de la forteresse et de l'arsenal de Tackdempt, Abdel-Kader, des montagnes voisines, contemplait cette œuvre de destruc-

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