CHAPITRE IX
peu de temps. Il fut rappelé en effet à Mascara, par la soumission de cette tribu et de quelques autres et installa à Mascara un fantôme de bey, Mustapha Ouled Othman, dont le père avait été bey d'Oran sous les Turcs.
Telle fut la première campagne dans la province d'Oran. Mais cette province n'était que la moitié du royaume de l'Émir (1).
(1) Nous trouvons dans la correspondance du maréchal Saint-Arnaud, si précieuse à consulter pour l'histoire de nos guerres d'Afrique, les lettres suivantes, datées de Mascara.
81 mai 1841, Mascara.
... Nous voyons positivement que TÉmir ne veut pas de bftt&nie. Il garde ses Bég^ers pour maintenir encore les tribus. Une défaite le perdrait, car partout on est las de la gn^erre. Lee tribus se consultent pour Tabandonner. Les Flittas, tribu nombreuse et gnierriëre, nous ont fait dire que si nous occupions Mascara définitivement, ils se soumettraient. Cette défec> tion en entraînera infailliblement d'autres. Le général Bugeaud a vraiment une étoile. Mascara sera occupé par 6,000 hommes. On en fera le centre des opérations de la province d'Oran, ce sera la Constantine de l'Ouest. Mascara, Mostaganem, Oran, oes trois points d'un vaste triangle entraînent la soumission du pays. Les Arabes le sentent et c'est ce qui les a rendus si monsj cette campagne. L'Émir doit avoir une tdte bien forte pour résister à tant de coups. En même temps on lui détruit Bogbar, Tackdempt et on occupe Mascara.
Dans quatre jours nous serons revenus à notre point de départ, après dix-huit jours d'une
expédition qui, si eUc n'a pas été féconde en combats, le sera du moins en résultats positifs.
<^e général Bugeaud a déployé beaucoup d'habileté et une activité remarquable. Il est très
I aimé du soldat et possède toute sa confiance. Quelquefois, un peu de brusquerie le fait
1 moins bien venir des gros officiers ; les autres l'apprécient. Tout compte fait , s'il ne gagne
/ rien antre chose, il aura conquis en Afrique une réputation méritée de général qui lui as-
/ sure le commandement de tonte armée pour une grande guerre. Cet homme est né soldat, il
I a un coup d'œil, une audace, une habileté incroyables...
^*" 12 juin 1841, Mascara.
f-"*^. Cette campagne aura de grands résultats politiques pour la question africaine. Le général Bugeaud suit son but avec une persévérance aussi louable qu'habile. Passionné pour la guerre et les combats, il préfère, aux bulletins qu'il pouvait rechercher, la poursuite d'un but utile an pays. Cet homme est admirable ; on ne le connaît pas, on ne lui rend pas justice. Il a vraiment du génie. Je le suis, je l'examine sans passion et chaqne jour je lui découvre de nouvelles qualités. Franc et loyal à l'excès, il tourne quelquefois à la brusquerie. D'une activité inconcevable, il devient minutieux. Agriculteur pendant quinze ans, vivant dans un frottement continnel avec la classe peu élevée de la société, il n'a pas toute la dignité, toute la tenue désirable. Mais quelle conscience, quelle probité, quelle délicatesse de sentiments, quelle abnégation personnelle ! Et on l'entoure de difficultés I De petites coteries lui suscitent des emtxmras, des ennuis ; la presse l'assassine à coups d'épingle. Je voudrais être en France et crier cela sur les toits. Mon opinion est dégagée de tout esprit d'égoïsme, tu dois le penser. Je suis dévoué à cet homme parce que je vois qu'il m'aime et qu'il est bon pour moi. Ce qu'il fera pour moi je n'en sais rien. Lui comme tout autre sera obligé de me récompenser si je le mérite^ et je fais tout pour cela...
304 LE MAKÉCHAL BUGEAUD.
Abdel-Kader avait réuni toutes les ressources de la province de Titery à Boghar et à Thaza. Le général Bugeaud ayant annoncé son intention de ruiner ces forteresses réputées imprenables, la stupeur parmi les indigènes fut immense. Voici la lettre curieuse à plus d'un titre que leurs cheiks principaux adressèrent à Alger, au gouverneur général, représentant du sultan de France.
Quel est donc cet esprit qui peut pousser la France^ qui se dit nation si puissante et si forte, à venir guerroyer chez nous? N'a-t-elle pas assez de son territoire? Quel tort nous V fera ce qu'elle nous prendra, comparé à ce qui nous reste? V ^EUe marchera en avant, nous nous retirerons, mais elle sera ^ A.^ vobrcée de se retirer et nous reviendrons. ^-^ V? Et toi, gouverneur d'Alger, quel mal nous fais-tu? Dans \ \ V les combats, tu perds autant de monde que nous. Les malais ^" dies déciment chaque année tes armées. Quelles compensau tiens iras-tu offrir à ton Roi, à ton pays pour tes pertes im-
menses en hommes et en argent? Un peu de terre et les pierres de Mascara! Tu brûles, tu détruis nos moissons, tu coupes nos orges et nos blés et pilles nos silos. Mais qu'est-ce que la plaine d'Ehgris, dont tu n'as pas dévasté un vingtième, quand il nous reste les moissons de... (citation de trente noms de contrée), et outre cela la moisson du Maroc môme? Le mal que tu as cru nous faire, c'est un verre d'eau tiré de la mer... Nous nous battrons quand nous le jugerons convenable; tu sais que nous ne sommes pas des lâches. Nous opposer à toutes les forces que tu j)romènes derrière toi serait folie ; mais nous les fatiguerons, nous les harcèlerons, nous les détruirons en détail; notre climat fera le reste. Envoie un homme contre mi