‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 151 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de soumettre, chargea son interprète d'une mission secrète à la Mecque. L'intelligence, le caractère aventureux de M. Roches, sa connaissance approfondie de la langue et de la religion arabe, l'indiquaient naturellement au gouverneur général. Cette mission délicate et périlleuse eut un plein succès. Il s'agissait d'obtenir du grand metjelès^ concile des ulémas, une sorte de bref papal, de firman religieux (fettoica)^ expliquant aux fidèles certains points de doctrine et de pratique. La fettoua que rapporta M. Roches de la Mecque, après une véritable odyssée, contenait à peu près en substance ceci : a Le musulman peut endurer a la trêve, quand l'infidèle envahisseur laisse au mua sulman ses femmes, ses enfants, sa foi et l'exercice <r de sa religion. 2> C'était un pas fort important vers la pacification de l'Algérie. Le général Lamoricièie, aux prises alors avec des tribus fanatiques, écrivit au général Bugeaud pour le féliciter des excellents effets de cette décision religieuse. Ce fut à dater de la proclamation de hi fettoua que les Arabes, par une sorte d'acte affectueux d'adoption, ne voulurent désormais reconnaître l'interprète du gouverneur général que sous le nom de El-Hadj-Omax^ c'est-à-dîre pèlerin (1). Pour eux, c'était par erreur que les Français avaient considéré jusqu'alors El-Hadj-Omar comme Français, a Cet homme, disaient-ils, est notoirement Arabe, c'est un musulman du sang le plus

(1) C'est en effet sous ce nom de Haélj (pèlerin) que les musulmans désignent tout individu ayant fait le pèlerinage de la Mecque, et ayant visité le tombeau du Prophète.

pur, un chef de grande tente, mieux que cela un marabout écouté. D (Si J'avais un domestique français, nous disait M. Roches, et lorsque je parlais avec lui dans notre langue, pour ne pas être compris des Arabes, ceux-ci étaient persuadés que je lui parlais en tare. y> De son côté, M. Roches ne cherchait pas à détruire cette tradition. On comprend quel instrument précieux devait être, pour le général en chef, un semblable interprète. Aussi voyons-nous Léon Roches sans cesse auprès du maréchal , et lui rendant dans cette situation secondaire les services les plus importants. Ce fut après le retour de la Mecque de son interprète, que le gouverneur général se fit graver un cachet sur lequel se lisait cette phrase arabe :

La terre appartient à Dieu et ^7 la donne en héritage à ceux qu^il a choisis. Formule concise tirée du Coran et bien faite pour impressionner l'Arabe. Toutes les proclamations du général Bugeaud aux tribus, toutes ses lettres aux chefs arabes portaient ce contre-seing.

Le général Bugeaud, nommé au gouvernement de l'Algérie, avait laissé sa famille en France et était artivé seul à Alger. Nous trouvons dans sa correspondance la lettre qu'il adressait, peu de temps après son installation , à sa fille cadette qu'il avait quittée malade en France. Il lui parle de la maison de ville et de la maison de campagne affectées au gouverneur général de TAlgérie.

Que je te plains^ ma bonne Léonie, d'avoir encore été ma-

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