‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 154 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

une sorte de couvent, de séminaire, d'université, un lieu d'études et de prières dans lequel Abdel-Kader avait été élevé. La veille encore, Saïd, le frère aîné de TEmir, était sur les lieux. Une trentaine d'habitations , et quantité de meules de paille ftirent brûlées ; le grain fat transporté avec soin à Mascara où l'armée rentra le lendemain.

Deux jours après, le 19, sans laisser de répit aux troupes, le général Bugeaud quittait Mascara pour se diriger vers Saïda. Abdel-Kader avait construit cette petite forteresse sur les ruines d'une ville romaine : elle était formée d'une enceinte garnie de tours, et adossée à des rochers escarpés.

De même que Tackdempt, quelques mois auparavant, on trouva Saïda évacuée. L'ennemi y avait mis le feu. la veille, et enlevé à l'aide d'un millier de chameaux tout ce qui était transportable, notamment quelques canons en fort bon état. L'armée française détruisit un moulin que faisait tourner le petit cours d'eau de l'Oued-bou-Telleugz. On n'eut pas le temps

& raser l'enceinte. On y fit seulement de larges îhes aussi rapprochées que l'on put.

Après quelques battues dans la montagne où l'ennemi ne se laissa aborder que dans un petit combat de cavalerie livré le 26 octobre (1), le gouverneur général rentra à Mostaganem le 5 novembre et à Alger le 10. En partant, il laissa Lamoricière à

(1) Furent cités notamment & la suite de ce combat du 26, le Ueutenant-co< lonel Yusuf, le capitaine Vergé, le lieutenant Fleury, qui tua de sa main un porte-étendard auquel il enleva son drapeau. *

Mascara, Bedeau à Mostaganem et Tempoure à Oran (1) avec le commandement de la division.

L'ordre du jour qui clôt cette campagne est, suivant les goûts favoris du général Bugeaud, moitié militaire moitié agricole. Nous en citerons les passages suivants :

Officiers, sons-officiers et soldats de la division d'Oran, je vous quitte, encore une fois, pour aller ob d'autres devoirs m'appellent. •• Vous venez de faire la campagne la plus longue de la guerre d'Afrique. Elle a duré 53 jours ; vous avez parcouru 200 lieues, battu deux fois l'ennemi... Vous avez poursuivi la tribu dominatrice, les HoÀ^hem^ dans les montagnes les plus difficiles ob les Turcs n'avaient jamais pénétré; vous avez détruit Saîda... vous avez fait vivre votre cavalerie sur les silos des Arabes ; vous y avez pris vous-même une partie de votre alimentation ; enfin vous avez jeté dans Mascara des vivres pour 6,000 hommes. C'est ainsi que vous avez commencé à résoudre le problème si difficile en Afrique de faire vivre la guerre par la guerre.

Vous avez sans doute acquis des droits au repos, mais pourriez-vous en jouir complètement si ce repos permettait à votre ennemi de se relever pendant l'hiver... Non, vous comprendrez que votre présence par delà l'Atlas est une nécessité.

Une division ira donc à Mascara, elle agira quelquefois pour empêcher les tribtiè de cultiver, vider leurs silos, et ap^ provisionner nos nuigasins. Le plus souvent, elle sèmera des

(1) Les Arabes, enoora fort audacienx dans cette première année dn gourernement général de Bageand, araient, dans la nuit du 21 au 22 octobre, aux en- ▼izons d'Oran, passé an travers des retranchements extérieurs, et, après pillage des tentes, enlevé soixante femmes et enfanta aux tribus auxiliaires campées entre ces retranchements et la ville.

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