CHAPITRE PREMIER
Tlemcen, le 7 juillet 1836.
Abdel-Kader, depuis quatre jours, attendait mon grand convoi au passage du Tolgoat, sur les bords de la Tafna. N'ayant aucun avantage à combattre là, j'y ai fait des démonstrations et, la nuit, j'ai passé ailleurs.
Le lendemain 6, il m'a attaqué avec toutes les forces qu'il avait convoquées depuis quinze jours, au moment où mon convoi traversait le ravin creusé parla Sickack. J'ai fait filer le convoi sur Tlemcen, avec une partie de mes forces ; avec le reste, j 'ai pris l'offensive, et Abdel-Kader a éprouvé une déroute complète. Son infanterie surtout a été anéantie. J'en ai sauvé cent trente du carnage : je vais les envoyer à Marseille. C'est dans le ravin de l'Isser, près de son embouchure dans la Tafna, où je l'ai précipitée, qu'a eu lieu la plus grande destruction, c'est-à-dire à 4 lieues du point où a c ommencé le combat. Il a laissé tous ses blessés et trois drapeaux, dont celui de l'infanterie régulière.
BUGEAUD
Le surlendemain, le général vainqueur envoyait au ministre son rapport écrit à la hâte sur le champ de bataille tout empreint de cette fierté et de cette grandeur originales qui distinguaient ce véritable homme de guerre.
Tlemcen, 8 juillet 1836.
Monsieur le Maréchal ,
Ma dépêche télégraphique vous a fait connaître en abrégé notre succès du 6. Mieux qu'un autre, puisque vous avez triomphé souvent, vous jugerez du bonheur que j'ai à vous
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retracer un combat tel que je rambîtionnai»., à cela près qa'Abdel-Kader n'a été ni tué ni pris ; son seul cheval est resté sur le champ de bataille.
/ L'aflFaire de la Sickack pourrait, sans hyperbole, s'appeler une bataille, puisque toutes les forces dont pouvait disposer mon adversaire s'y trouvaient.
n avait appelé du secours de partout pour m'empêcher de ravitailler TIemcen, et depuis quatre jours il était posté au Tolgoat près de la Tafna. Une reconnaissance que j'y avais poussée, dans le but de reconnaître la route pour l'avenir et de lui donner le change, lui avait fait penser queje voulais passer par là, tandis que je n'en eus jamais l'occasion.
Mon convoi devait être l'objet de son envie, et je comptais là-dessus pour avoir avec lui un engagement sérieux
^ que j'aurais peut-être cherché vainement par d'autres manœuvres. Se faire attaquer est le meilleur moyen avec un tel ennemi et sur uh tel terrain ; mais il fallait combattre dans un lieu favorable : ce fut là l'objet de toute ma soUici-
1 tude.
•Je partis de Rachgoun (Haârch-Goon) le 4, à quatre heures du soir. Je poussai trois bataillons, aux ordres du colonel Combes, sur la route du Tolgoat, et je vins camper avec mon convoi de cinq cents chameaux et trois cents mulets à quelque distance derrière lui. A deux heures du matin. Combes quitta son camp sans bruit et par un sentier à gauche ; il fut occuper, à deux heures et demie de là, le col de Sab-Chiouli. Une heure après, le convoi et le reste de la division s'y dirigèrent. Le col n'était pas gardé; mais quatre ou cinq cents hommes des Beni-Hamer y arrivaient par l'autre versant. Il était trop tard ; à sept heures tout mon convoi avait passé et nous descendions sur l'Isser. Abd-