CHAPITRE PBBMIER
el-Kader était trop loin pour s'opposer à notre marche. La rivière fut franchie tranquillement, et je campai sur la rive gauch^ fort satisfait d'avoir franchi la chaîne de montagnes sans combat.
Abdel- Kader, instruit de ma marche, se rapprocha de moi. A trois heures après midi, quinze cents à deux mille chevaux, aux ordres de son lieutenant Bou-Koom, défilèrent en vue de mon camp sur la rive droite de Tisser et vinrent camper à une lieue sur ma droite. Je jugeai que cette manœuvre avait pour but de m'enfermer le lendemain matin dans le profond ravin de la Sickack que je devais passer deux fois pour me rendre à Tlemcen. Je fis une reconnaissance pour chercher une autre route, mais toutes présentaient des diflScultés soit pour le combat, soit pour le convoi.
Je me décidai à franchir la Sickack, et je quittai mon camp à 3 heures du matin, dans le double objet de passer le premier ravin et d'être plus près de Tlemcen avant d'être rîttaqué, afin d'y jeter mon convoi et de reprendre l'off'ensive [dès que je serais débarrassé de cet énorme empêchement. J^nnonçai cette résolution aux troupes : « Vous serez attaqués, leur dis-je, demain dans votre marche ; vous saurez un temps souffrir les insultes de l'ennemi et vous vous bornerez à le contenir. Mais dès que je pourrai jeter le convoi dans Tlemcen, vous prendrez votre revanche, vous marcherez à lui et vous le précipiterez dans les ravins de l'Isser, de la Sickack ou de la Tafna. y>
Cela s'est vérifié avec un bonheur inouï. Malgré ma diligence, j'ai été attaqué par le camp de ma gauche à quatre heures et demie du matin lorsque mon convoi n'avait passé qu'à moitié le premier ravin de la Sickack ; je l'ai fait contenir par les Douairs, un bataillon du 24® et un escadron du 2® chasseurs.
Le colonel Combes, après avoir passé la Sickack avait pris avec intelligence une position protectrice du convoi.
Soupçonnant que la colonne d'Abdel-Kader ne tarderait pas à paraître sur les plateaux delà rive gauche, je me suis empressé d'y arriver avec la tête de la colonne du centre et ma colonne de gauche.
Abdel-Kader y touchait avec environ trois mille chevaux, trois mille Kabyles à pied et son bataillon régulier de mille à onze cents honmies. J'ai déployé le 62° et un demibataillon d'Afrique parallèlement à la Sickack, mais en arrière de la crête, de manière à n'être pas vu de l'ennemi qui nous suivait. J'ai mis en bataille le 23® et un demibataillon d'Afrique perpendiculairement à la gauche du 62^. En avant du 23° et parallèlement, j'ai formé les colonnes doubles, échelonnées sur le bataillon du centre, les trois bataillons du colonel Combes, et j'ai jeté en avant, sur le flanc gauche du 62®, deux compagnies d'élite en tirailleurs et les spahis du 2° chasseurs. Le 2° chasseurs a été rappelé en entier et placé en colonne par escadrons visà-vis l'un des intervalles du bataillon de Combes. Le convoi a été placé dans l'angle rentrant formé par la ligne parallèle et la ligne perpendiculaire à la Sickack. Il était gardé par 200 hommes du bataillon de Tlemcen et* les Coulouglis. Je rappelai les Douairs et les tirailleurs qui contenaient les Arabes de la rive droite de la Sickack, afin de leur donner la confiance de passer sur la rive gauche. Les Douairs furent lents à se réunir et ne purent prendre place dans l'ordre de bataille parce que les événements marchèrent trop vite. Je ne connais d'autres défauts à cette intrépide cavalerie que de se lancer dans le combat avec un tel abandon qu'on ne peut presque plus disposer d'elle pour les événements subséquents. Mais dès qu'elle