‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 161 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les noms de ces vingt-deux braves furent mis à Tordre du jour de Tarmée.

Le général Bugeaud partit le 25 avril seulement, après avoir, dans un ordre général du 19, signalé une campagne de vingt-deux jours de Bedeau et de Lamorîcière sur la Mina, et de nouvelles razzias de Changarnier entre Coleah et Cherchell. Comme d'habitude le gouverneur s'embarqua sur le Phare commandé par son fidèle secrétaire Fourichon, après avoir laissé au général de Bar le commandement de la division d'Alger (1).

Voici deux lettres adressées par le général à M™® Bugeaud pendant la campagne du Chélif.

Le Gouverneur général à M"^ Bugeaud.

Oran, du 6 mai 1842.

J'ai reçu ta bonne et trop courte lettre remise à Fourichon, mais j'ai à te gronder de ne m'avoir pas écrit par le bateau de commerce le Sully. Je vois avec bonheur que tu vas mieux, puisque tu as assisté à la fête du Roi. J'ai lu les discours, ils sont assez bien, surtout celui de de Bar.

(1) Le général de Bar naquit à Thiais en 1783. Engagé volontaire, il gagna ses premiers galons sur les champs de bataille de l'Empire^ Grièvement blessé à Bautzen, il resta prisonnier jusqu'en 1819. Il se distingua à Waterloo où il fut blesBé grièvement. En 1833, il fit la guerre d'Espagne comme lieutenant-colonel et fut nommé colonel en 1830. Maréchal de camp en 1887, il prit une Ijart glorieuse à nos combats d'Algérie, et le maréchal Bugeaud lui fit obtenir le grade de lieutenant général. B eut, plusieurs fois, à remplir par intérim les fonctions de gouverneur en l'absence du maréchal Bugeaud qui lui témoignait une affection et une confiance absolues. En 1848 il fut mis à la retraite et nommé colonel de la troisième légion de la garde nationale. Sénateur en 1862, et grand officier de la Légion d'honneur, le général de Bar est mort en 1861,

Je ne sauraîs'appronver que tu veuilles m'atteudre indéfiniment. Il ne faut pas sacrifier la santé de nos enfants au bonheur, quelque grand qu'il soit pour moi, de vous dire adieu. Je te supplie de partir au plus tard le 5 où le 6 juin, que je sois ou ne sois pas arrivé. Emmène tes chevaux et ta voiture, renvoie-les t'attendre à Excideuil, et qu'on vienne te chercher à Périgueux. Les chevaux et la voiture devront passer par Bhodez. Garde ton cocher si cela te fait plaisir. Je pars aujourd'hui pour Mostaganem; j'ai le temps d'y recevoir de tes nouvelles ; mais je t'avertis que je prie de Bar d'avancer d'un jour le départ des courriers. Donne-lui tes lettres et recommande-lui de remettre mes dépêches, tes lettres et les siennes au commandant du bateau et non pas & la poste. Je crois que je repartirai le 12 de Mostaganem. Adieu, chères et bonnes petites. Adieu, mon Charles. Que Dieu vous aime comme moi (!)•

(1) ce Diea l'avait traité comme ceux qu'il aime, dit M. Louis Veuillot, dans pon beau liyie la Guerre et Vhomme de guerre. Il avait mis dans son cœur des tendresses infinies pour tout ce qui est bon et pur, dans son &me des respects pour tout ce qui est grand ; dans sa maison, à son f ojer, il avait placé des vertus simples et douces, chrétiennes, pleines d'empire sur son cœur.

a Ce farouche soldat, dont les journaux se plaisaient à faire de ridicules et odieux portraits, était l'époux et le père le plus tendre, l'ami le plus dévoué, le patron le plus généreux, l'un des rares hommes que j'ai vu oublier aisément l'ingratitude et l'injure. Cet ambitieux n'aspirait qu'à vivre en paix an sein de sa famille, dans le patrimoine qu'il avait noblement maintenu par son travail. Éloigné pour le service public de cette famille si chère et de ses champs si aimée, il allait au combat portant sur sa poitrine une médaille de la sainte Vierge que lui avait donnée sa plus jeune fille (Léonie Bugeaud, comtesse Feray) , et tous ceux qui l'entouraient ont pu se convaincre du prix qu'il attachait à ce talisman. Quel bon sourire illuminait son mâle visage, lorsque le soir, en le quittant, je lui disais : a Maréchal, x>ensez au Dieu que l'on prie & Excideuil ! d

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