‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 163 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

alerte un peu sérieuse qui motivât de nouveau son déplacement personnel (1).

Notre rôle est changé, dit le Moniteur algérien^ dans lequel on trouve, presque à chaque feuille, les inspirations

1) Les lieutenants du gouverneur général poussaient et fatiguaient renncOni dans toutes les directions ; mais ils avaient plus de difScultés pour le rencon-

(trer qu'en 1841, et agissaient seuls.

" Une seule razzia d'importance fut faite le 1*^*" juillet par le général Chan- I gamier. La division de Milianah était campée près de Lauries au Chélif , au i lieu dit Aïn-Tesemsil ; tout à coup , on aperçut une grande poussière , indice d'un rassemblement considérable d'indigènes. Changamier jugeant la retraite plus périlleuse que V attaque, lança sur cette masse arabe ce qu'il avait de cavaliers, 250 chasseurs sous le colonel Korte. Les braves chasseurs d'Afrique perdent 5 tués et 11 blessés ; mais ils tuent 50 Arabes, enlèvent 3,000 prisonniers, 1,500 chameaux, 300 chevaux et mulets; plus 15 d 16,000 têtes de bétail. C'était la préface de l'enlèvement de la smalah, qui devait avoir lieu un an plus tard et presque dans la même région.

« Ce brillant succès, dit le gouverneur général dans un de ses rapports, couronne la campagne énergique et intelligente du général Changamier. Les résultats politiques en seront plus importants que les résultats matériels. » Après cette heureuse afEaire, les ordres généraux de l'armée signalent encore, le 18 septembre , le général Changamier campé à l'Oued Fodda (rivière d'Argent) au milieu de la vallée du Chélif. La région est encore assez peu connue pour que la feuille officielle estropie le nom de la chaîne de montagnes de l'Ouarensènis, si célèbre un peu plus tard, et la qualifie de Auanseris, Quelques faits d'armes font mettre, entre autres, à l'ordre du jour le commandant Forey du 6« chasseurs à pied, le colonel de zouaves Cavaignac, déjà si souvent cité.

De Cherchell , à la même époque, le général de Bar marchait dans la direction de Tenès, mais sans pousser jusque-là. Le pays était difficile. Le général apprit que divers chefs arabes qui étaient allés quelques semaines plus tôt, à Alger, offrir leur soumission, avaient été, au retour, mal reçus dans les tribus. La région de Tenès se trouvait, désormais, marquée aux coups du gouverneur général pour la future campagne de 1843.

De Medeah, le colonel Comman avait fait quelques razzias. Sur la Mina, Lamoricière eut avec l'Emir en personne, dans les premiers jours l de septembre, une rencontre, dans laquelle Abdel-Kader perdit 20 hommes et 25 chevaux.

De Mostaganem, d'Arbouville fait, chez les Flittas, une petite* campagne un peu plus sérieuse ; car il y a eu 62 Français blessés et 9 tués. On cite, notamment, à l'ordre du jour de l'armée les noms, illustres plus tard, du colonel Pâté du l*^ de ligne, du commandant Mellinet du 5* chasseura d'Orléans.

A Tlemcen, parfaite tranquillité; à l'autre extrémité de l'Algérie, dans la province de Constantine, parfaite tranquillité également, sauf quelques escar- \ mouches de la garnison de Bougie avec les Kabyles des environs.

manifestes du gouverneur général. — Quand nous n*étîons qu'assaillants, nous pouvions choisir le temps et le lien de nos attaques ; aujourd'hui que nous sommes protecteurs^ il faut marclier en tout temps, en tous lieux, pour préserver de rinvasion les tribus soumises... Conserver n^est pas moins difficile que conquérir. Xos braves troupes ne se lasseront pas; elles ne s'arrêteront qu'après avoir détruit, jusque dans le plus petit foyer, la puissance de TÉmir. U faut en dissiper jusqu'aux derniers vestiges, pour que cet homme extraordinaire ne renaisse pas.

Le gouverneur général trouvait le rôle de Varniee charifié : il n'en conclut pas cependant qu'elle doive se reposer, bien au contraire. Aussi^ lui annonce-t-il qu'elle doit s'apprêter à marcher plus que jamais.

Dans une lettre à M. Guizot^ ministre des Affaires étrangères, le général Bugeaud disait dans les mêmes termes, le 18 octobre 1832 :

Pendant que je poursui\Tai l'Emir, vous lutterez pour maintenir votre majorité contre Finconstance et Tinconséquence. Vous verrez, comme nous, qu'il est aussi difficile de conserver que de conquérir.

L'enlèvement, à la fin de Tannée 1841, du troupeau de V administration^ à Staouëli, les massacres du capitaine Muller et de ses quarante soldats, Fattaqne un an plus tard, en avril 1842, de l'héroïque détachement du sergent Blandan aux portes de Boufeirick, n'étaient que des coups de mains audacieux, œuvres d'intrépides partisans de la dernière heure ; toutefois, il était évident qu'une détente générale se produisait.

Page 1