‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 167 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'expédition détruisit un petit bordj qui formait la capitale du gouvernement assez précaire, paraît-il, de Ben Salem. Il y eut quelques coups de feu à échanger dans la gorge de TOued Souffla. L'affaire nous coûta onze blessés, et malheureusement la perte du colonel Leblond du 48® de ligne, tué de deux coups de feu. On avait vu souvent citer le nom de ce brave officier dans la campagne de 1841. Le gouverneur général rentra à Alger le 16 octobre déclarant que le but de la campagne était pleinement atteint sur les pentes du Jurjura, et Ton renonça momentanément à poursuivre Ben Salem réduit à la possession d'un territoire insignifiant, au milieu de tribus soumises et annexées.

Le général devançait par son retour la colonne expéditionnaire de vingt-quatre heures seulement ; M""" Bugeaud avec ses enfants était arrivée depuis le 9 et l'attendait au palais de Mustapha.

Un autre chef, ancien khalifa d'Abdel-Kader, Si- Mohamed ben Mahi-Eddin, homme d'une rare énergie, nous prêta son concours avec dévouement dans cette campagne, et surtout lors du retour de la colonne. C'est lui qui se chargea du transport et de l'escorte des malades et des blessés et il s'en acquitta aussi bien que l'eussent fait des soldats français.

Le gouverneur général le récompensa en lui accordant le titre de khalifa pour les cent douze tribus du district du Sebaou que l'on venait de conquérir. Il voulut frapper l'imagination des indigènes en donnant à cette première cérémonie d'investiture à Alger une grande solennité. Dès huit heures du matin, le khalifa,

accompagné de son frère, de trois agas et de cent douze kaïds des tribus placées sous son commande^ ment, se rendit à l'hôtel du Gouvernement, sous la conduite du chef d'escadron Daumas.

Le gouverneur général, assisté dé l'interprète en chef de l'armée, Léon Roches, prononça l'allocution suivante, immédiatement recueillie par la sténographie:

Avant que je te remette ces vêtements, signes distinctifs de la nouvelle autorité que je vais te conférer au nom et par permission du suhlime sultan Louis-Philippe, roi des Français (que Dieu protège!), il est de mon devoir de te faire ressortir Timportance de cette investiture.

Ta contractes aujourd'hui l'obligation d'être fidèle au gouvernement du Boi, de traiter ses ennemis comme tes ennemis, ses amis comme tes amis, d'obéir à ses délégués français et musulmans.

Tu es venu ici librement; tu es libre encore d'accepter ou de refuser. Car l'engagement est lourd à celui qui ne peut le remplir.

J'aime la guerre parce qu'elle est dans mes devoirs et dans les habitudes de ma vie; mais j'aime encore mieux la paix, parce que la paix est favorable aux hommes, et qu'elle permet d'acquérir des richesses par la culture et le commerce. Abdel-Kader vous fascinait pour s'élever. La France veut vous gouverner pour que vous prospériez. Elle veut que chacun puisse jouir paisiblement du fruit de son travail et s'enrichir sans crainte d'être dépouillé. Elle respecte vos mœurs ; elle fait observer votre religion ; elle choisit parmi vous un chef capable et digne devons commander.

Si vous êtes fidèles à vos promesses, la France est grande

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