CHAPITRE X
der qu'il faut s'en rapporter à vous sur l'Afrique et vous donner ce dont vous avez besoin pour accomplir ce que vous avez commencé. Je viens de lire ce que vous venez d'écrire; c'est concluant. A votre place, je ne sais si j'aurais écrit ; l'action a plus d'autorité que les paroles. Mais vos raisonnements s'appuient sur vos actes. Je m'en servirai dans la session prochaine. D'ici là, achevez de bien assurer et compléter la domination militaire. Nous nous occuperons alors de l'établissement territorial. Je suis aussi frappé que vous de la nécessité d'agir en Afrique pendant la paix de l'Europe ; l'Afrique est l'affaire de nos temps de loisir.
Voici la réponse du général.
Le général Bugeaud à M. Guizot.
Al ger, 1 8 octobre 1 842.
Oui, je compte sur vous, de loin comme de près, soit que vous m'écriviez, soit que vous gardiez le silence, mon cher Ministre, et je m'honore de l'amitié dont vous me donnez l'assurance.
« A votre place, me dites-vous, je ne sais si j'aurais écrit : l'action a plus d'autorité que les paroles. » Je n'ai pas écrit pour faire valoir mes actions dont je n'ai pas dit un mot. J'ai écrit surtout pour combattre une idée qui se manifestait dans les journaux, dans les conversations particulières, dans les lettres, et surtout dans la correspondance du ministre de la Guerre, la réduction de l'armée d'Afrique. M. le Maréchal ministre de la Guerre a blâmé cette publication. Était-il en droit de le faire d'après les précédents? Vous en jugerez par la réponse que je lui ai faite et dont je vous envoie copie. Mais à supposer que je fusse répréhensible, fallait-il m'ad-
monester dans les journaux? J'ai été vivement peiné d'un article inséré à ce sujet dans le Moniteur Parisien. Je ne crois pas avoir manqué ni à la discipline^ ni aux convenances^ et je me flatte qu'aucun général en chef, placé à deux cents lieues de son pays, n'a été plus discipliné que moi. i>
Ces susceptibilités du général africain avaient quel- (juc raison d'être. N'était-ce pas, en effet, jouer de malheur! Lui si sensible aux attaques et aux calomnies de la presse d'opposition, de la presse républicaine, critiqué cette fois et ridiculisé par un journal du gouvernement! La patience lui avait, à la fin, échappe. Au moment où, tout seul, par son ardeur infatigable, son admirable instinct militaire, il réparaît les fautes et l'indolence de ses prédécesseurs, et obtenait les grands résultats des campagnes de 1841 et de 1842, n'était-il pas en vérité pénible, pour un homme tel que lui, de se voir harcelé sans cesse par des critiques de mauvaise foi et de mesquines jalousies! Le maréchal Soult, brillant et magnifique soldat, sans doute, était loin, il faut bien l'avouer, de posséder les facultés maîtresses du général Bugeaud. C'était moins au ministre d'ailleurs qu'à son entourage, aux députés-militaires, aux généraux-avocats, que le gouverneur général devait attribuer cette recrudescence (le malveillance et d'injustes défiances témoignées au chef de l'armée d'Afrique.
Bien qu'il fût ombrageux par tempérament et autoritaire, le maréchal Soult avait en haute estime son ancien compagnon des grandes guerres. H aimait à