CHAPITRE X
vice que vous lui avez fait commencer si glorieusement. Quelle que soit la peine que j'éprouve de voir mes enfants s'éloigner de moi, peine douloureusement aggravée par la perte de ce fils chéri qui avait aussi glorieusement et tant de fois combattu en Afrique, leur zèle et leur empressement à rejoindre nos drapeaux partout où ils peuvent s'associer à la gloire de notre brave armée, sont une des plus douces consolations que je puisse trouver au malheur qui m'accable.
J'espère que l'armée d'Afrique reportera sur mon fils d'Aumale l'affection si vive qu'elle avait vouée à son frère aîné, et qu'il continuera à la partager avec celui que la Providence m'a conservé, mon bien-aimé fils le duc de Nemours.
Elle trouvera toujours les princes dignes de son estime et de sa confiance. Vous connaissez, mon cher Général, celle que j'ai en vous. Je ne puis vous en donner une preuve plus éclatante que celle de vous envoyer mon fils, et je sens que je n'ai pas besoin de vous recommander de veiller sur lui.
Je vous renouvelle bien sincèrement, mon cher Général, l'assurance de tous mes sentiments pour vous.
Votre affectionné,
Louis-Philippe.
Le général Bugeaud répondit aussitôt au Roi. Il est pénétré de la haute responsabilité qui pèse sur lui, et remercie le souverain de la confiance qu'il lui manifeste , en plaçant sous sa tutuelle et sous ses ordres son fils bien-aimé. Le soldat se révèle toujours dans les écrits du général Bugeaud. Peu de phrases et des faits.
362 LE MARECHAL BUOEAUD.
Le gouverneur général Bugeaud à S. M. le Roi
LouiS'Philippe.
Alger, 20 novembre 1842.
Sire,
La lettre dont Votre Majesté m'a profondément honoré m^a été remise, hier au soir, par son fils bien-aimé, S. A. R. le duc d'Anmale.
Après avoir placé en mes mains une armée et le soin d'une grande conquête, Votre Majesté me confie un fils de France. C'est me combler d'estime, mais c'est aussi me charger d'une immense responsabilité. J'en serais efifrayé, si je ne sentais dans mon dévouement les forces nécessaires pour remplir vos espérances patriotiques et paternelles. Oui, Sire, mon patriotisme ne veillera pas seulement sur les grands intérêts de la France en Afrique et sur votre gloire, il veillera aussi, et avec non moins d'ardeur, sur le prince qui m'est confié, et c'est encore servir hautement le pays.
Nous partons aujourd'hui pour opérer entre le Ghélif et la Mina. Le duc d'Aumale, avant de débarquer, m'avait déclaré qu'il voulait en être. J'y ai consenti d'autant plus volontiers que sa santé m'a para parfaite. Il commandera l'infanterie de la colonne que je condoirai moi-même, car nous devons nous diviser pour attaquer les montagnes de l'Onarensènis. J'espère que Son Altesse Boyale 7 trouvera des occasions de gloire.
Je suis avec profond respect, Sire, etc.
Général Bugeaud.
Le 19 novembre, le jour même en effet oîi un arrêté remettait de nouveau l'intérim du gouvernement au