CHAPITRE X
général de Bar, débarquait à Alger, au milieu des salves d'artillerie, amené par VAsmodée^ le général duc d'Aumale. La mort récente du duc d'Orléans donnait à la cérémonie de la réception du jeune et vaillant prince un caractère particulièrement touchant; l'armée avait voulu témoigner sa sympathie par une solennité exceptionnelle. Toutes les troupes étaient sous les armes en grande tenue , les officiers généraux portant la ceinture, la cavalerie en bataille.
Le gouverneur général, en se portant, lui-même, à la rencontre du prince, lui annonça que dès le lendemain il se mettait personnellement en marche pour une campagne sur le Chélif et la Mina. Malgré la fatigue du voyage (le trajet de Paris à Toulon ne se faisait pas, comme de nos jours, en chemin de fer), le prince n'hésita pas à demander à faire partie de l'expédition. Il rallia la colonne à Blidah, vingtquatre heures après son débarquement à Alger.
Avant de quitter Alger, le général en chef écrivait à son ami Gardère la lettre ci-après. L'on y trouve comme toujours, dans cette période de la vie de Bugeaud ces deux préoccupations : Abdel-Kader et l'op- ])Osition.
Alger, 12 novembre 1842.
Mon cher Gardera,
Vous ne m'écrivez pas depuis longtemps, je ne vous écris pas non plus. C'est que vous étiez dans la lune de miel et moi dans des travaux d'Hercule I c'est-à-dire dans ces travaux qui consistent à soumettre des milliers de
bêtes féroces, et, il faut le dire anssi, quelques grands citoyens qui voulaient donner aux Arabes une nationalité.
Vous avez voyagé, je le sais ; vous avez été à Bordeaux montrer votre jeune femme à vos parents et à vos amis ; c'est à merveille. Je présume que vous êtes heureux et je vous souhaite, cher ami, la continuation de ce bonheur.
Pour moi, mon ami, je guerroyé toujours avec Abdel-Kader qui lutte contre sa mauvaise fortune avec une grande énergie et une grande intelligence. — C'est réellement un maître homme qui était digne d'un meilleur sort. Ses affaires, je le crois, sont perdues sans ressource. H pourra se soutenir quelque temps, comme chef de partisans ; il ne ressaisira plus la puissance de souverain, et je pense qu'au printemps nous l'expulserons définitivement du dernier territoire, entre le Chélif et la Mina, qui lui offre quelques ressources.
Maintenant, les ennemis sérieux ne sont plus là ; ils sont à Paris. Il y a autour du pouvoir des hommes envieux qui, incapables de créer quelque chose, dénigrent tout ce qu'on Ton fait, et parviennent à jeter du doute dans l'esprit du ministre et du Roi. Ces propos me reviennent, et j'en aperçois quelquefois la trace dans les correspondances officielles. J'enrage ; mais que faire? Je m'en console en pensant que, de tout temps, les généraux ont en à subir ces déboires-là.
J'envoie au Roi six chevaux que le ministre m'avait chargé de lui acheter. Je prie M. le maréchal Soult de vous faire remettre le prix d'achat qui s'élèvera avec les &ux frais à environ 7,200 francs.
Répondez-moi et parlez-moi de votre jeune frère, de vos voyages et de vos projets.
— Ma femme et mes filles sont ici et se portent assez