CHAPITRE XI
Saiiit-Arnaad avec environ 800 hommes d'infanterie. Il en faudrait an moins 1,200, pour peu qu'il dût entrer daQS les montagnes de rOuarensënis.
Pour qu'il sorte avec 1,200 hommes, ne faudrait-il pas lui envoyer un petit bataillon pris parmi ceux qui n'ont pas fait la grande course? Un bataillon suffirait, car il pourrait le laisser à Milianah et prendre sa garnison. Vous devez connaître sa situation. S'il a besoin d'un petit renfort, envoyez-le-lui tout de suite, car il serait bon qu'il sortît le 7 ou le 8 si le temps et le baromètre sont satisfaisants. Informez-le du renfort et du désir que j'ai qu'U ne sorte que le 7 ou le 8.
Dites-lui aussi, je vous prie, que ce à quoi il faut s'attacher chez les tribus insoumises, c'est à détruire les arbres des vergers. Il vaut mieux ne pas tant courir et bien détruire chez ceux qu'on veut châtier. Qu'il s'attache à l'une des tribus les plus hostiles et qu'il ne leur laisse rien , aux Onled-Bessem, par exemple.
Vous avez bien fait de ne pas convoquer les cavaliers de Si-Ali. Le temps n'était pas pins favorable ponr enx que pour nous. H ne faut pas en abuser et leur fournir l'occasion de désobéir.
Je pense comme vous que Si-Ali est mou et peu capable. Nous avons pris ce que nous avons trouvé, ce que les Arabes nous ont indiqué. Patientons encore ; quand nous aurons fini la guerre, nous traiterons chacun selon ses œuvres.
Ce n'est pas le cas de rappeler les 80 chevaux. Mais Saint- Arnaud a-t-il assez d'orge? S'en fait-il apporter par les tribus?
J'écris à Saint-Arnaud pour une mesure qui pourrait nous donner des gages et nous ferait restituer les femmes et les enfants des Ben-Ferrah.
378 LE MARIÊCHAL BUGEAUD.
Agréez, mon Prince, l'assurance de mon respectueux et entier dévouement,
BUGEAUD
Le billet ci-dessous, dans lequel le jeune prince, arrivant à Alger, s'excuse tout d'abord de ne pas s'être présenté à la femme de son chef, témoigne aussi de préoccupations très sérieuses. Le nouveau commandant du Titery, comprenant toute l'importance de son rôle, ne veut pas compromettre les troupes confiées au lieutenant-colonel du ÔS"" de ligne , de Saint- Arnaud, placé sous ses ordres (1).
Le maréchal de camp , due d'Aumjale, au général Bugeaud.
Alger, 7 janvier 1848.
Mon Général,
J'étais hier soir en tenue de route, et je n^ai pas osé vous demander de me présenter à M™' Bugeaud. Voudriez-vous me faire savoir quand je pourrai lui présenter mes respects?
La conversation que nous avons eue hier soir m'a agité toute la nuit : la responsabilité du mouvement de M. de Saint-Arnaud me pèse. Je vous rappellerai, mon G(énéral,
(l) Une lettre du colonel de Saint- Arnaud à son frère fait connattre le plan de cette petite exi)édition concertée dès la rentrée de la campagne de rOoaien*
sènis, entre le prince et lui :
Milianab, le S7 décembre ISiS.
Je t'écris, frère, encore sous l'impresaioii des marques de confiance du prince. Il me disait hier : < Je voudrais faire une expédition avec tous, monsienr de Saint-Anand ; je crois que nous ferions de bonnes choses. »
Il a été iwar moi d'une grâce parfaite, tout le monde l'a remarqué.
Le duc d'Anmal^ remplace dans le commandement des prorincet de Mediéah et de Milianab, Chonganilor, resté à Mostaganem pour opérer sur Ténèii -<2iiand le tetnpt le permettra.
CHAPrrRE XI. 379
que j'avais toujours pensé que cette opération se combinerait avec une sortie de la garnison de Blidah. Si cette sortie ne doit plus avoir lieu, ne serait-il pas prudent d'écrire à M. de Saint-Arnaud de ne pas prolonger son séjour au Teniet-El-Ahd, et de rentrer à Milianah? Veuillez agréer l'assurance de mes respects.
Henri d'Orléans.
Une nouvelle soudaine, d'une gravité inattendue, vint décupler les inquiétudes du gouverneur général, tant à regard de son ancien aide de camp de Blaye, Saint- Arnaud, pour lequel il avait une très vive affection, que pour la responsabilité du prince sous les ordres duquel Saint-Arnaud avait été lancé dans cette aventure.
L'Emir avait pénétré au cœur du Titery. On venait (le le signaler à quelques lieues de Cherchell. Abdel- Kader, qui avait soigneusement évité les combats et nous avait laissés tranquillement ravager et soumettre les tribus de l'Ouarensènis, profita habilement de notre retraite pour reparaître au milieu des populations que nous venions de parcourir. Il avait avec lui trois ou quatre cents cavaliers réguliers, et sept ou huit cents chevaux des tribus de l'Ouarensènis. Il se trouvait donc
Le prince arrive dans des circonstances difficiles et prend un commandement important. Il trouve sa responsabilité grande : il me l'a dit. Je lui ai demandé de mettre à sa disiKMition mon expérience des choses et du pays. Je lui ai exposé la situation du Sud, devenue critique par les razzias répétées de Ben- Allai sur notre allié Amear ben Ferratl^ l'nga des Ouled-Ayad. Je lui aidémontré la nécessité d'une sortie de ma part et déve- ]opx)é mon plan de campagne. Son Altesse me laisse 200 chevaux de plus et malgré le temps, la neige on le froid, je pars demain et je resterai an moins vingt jours dehors. Je vais manœuvrer chez les Ouled-Ayad et dans le Sud, et si le temps le permet, le duc d'Aumale viendra me rejoindre.
Sijné : Saint- Arnaud.
3S0 LE HAKÉCHAL BUGEAUP.
plus fort que cliacune iles trilms prise isolément. Grâce à son prestige encore indiscutaVJe, il entraîna sans peine la première tribu qu'il rencontra, se grossit en route de nouvelles recrues, et arriva sur le Cliélif avec plus de deux mille cavaliers.
Aux tribus des environs de Cherchell, l'audacieux Arabe ne craignit pas de dire que la France voulait la paix ; que le Roi venait d'envoyer son fils précisément pour la négocier, et qu'une grande démonstration des Arabes ferait obtenir des conditions meilleures. Dans quelques tribus qui refusèrent d'abandonner notre cause, Abdel-Kader fit trancher la tête aux chefs et laissa les cadavres sans sépulture.
(Jhangarnier, quittant précipitamment Blidah le 11 janvier, accourut à Milianah le 12. Les troupes de la garnison n'étaient guère disponibles, les hommes valides étant sortis avec Saint-Arnaud. Des pluies torrentielles entravaient la marche. Abdel-Kader, ))C)ussant en avant, vint jusqu'à huit lieues de Cherchell, où il se heurta au général de Bar.
Sur ces entrefaites le gouverneur général, sentant rinj])ortance de cette pointe offensive de l'Émir, se rendit en personne à Cherchell, par voie de terre, le 17 janvier. Du reste, dès la première heure d'alerte, tous ses lieutenants avaient été mis en mouvement. On a vu (pie Changarnier avait été lancé de suite à la rencontre de Saint-Arnaud avec le peu d'hommes (pie l'on ])ut trouver. A la même date, le duc d'Auniale sortait de Medeah; Gentil et Lamoricière, qui n'avaient pas eu le temps d'être avisés de l'attaque