CHAPITRE XI
opérations. M. le colonel Neveu, par respect pour la hiérarchie, a cru devoir me l'envoyer au lieu de l'adresser directement au ministre. J'aurais préféré qu'il l'expédiât surle-champ ; mais je ne saurais le blâmer et j'espère que vous ne lui en saurez pas mauvais gré. Ce ne sera donc qu'un retard de quelques jours, je l'envoie au ministre en original, car je ne pourrais le rendre mieux qu'il ne l'est.
Vous avez, mon Prince, dépassé mes espérances; vos rapides coups de main à longue portée ont dû produire un grand effet. D'abord il est évident qu'ils ont contribué à disperser le rassemblement opéré par Ben Allai pour fondre sur l'Agalik du Sud, et peut-être de Djendell ? Chacun , craignant pour sa famille et ses troupeaux, n'a plus songé à l'at^ taque. H y a longtemps que je m'aperçois que la meilleure manière de défendre et protéger, c'est d'attaquer et de faire redouter à l'ennemi les maux dont il nous menace. C'est pourquoi j'ai ordonné l'offensive de toute part, et cela nous a parfaitement réussi. J'ai la conviction que notre situation est meilleure qu'avant l'entreprise hardie et bien calculée de l'Émir. Nos ennemis ont vu qu'il ne faisait pas bon réveiller le lion qui dort et les populations soumises, de même que leurs chefs, ont appris qu'elles pouvaient compter sur notre active surveillance. Les liens entre eux et nous s'en seront resserrés et les chefs arabes seront plus compromis avec rÉmir.
Je trouve très bien que vous ayez largement indemnisé nos alliés des pertes qu'ils ont faites. Cependant il me semble que vous avez été un peu trop généreux et qu'il fallait faire une petite part pour l'administration de la guerre qui a tant de dépenses à supporter. Si vous étiez un maréchal de camp ordinaire, votre rapport ne manquerait pas de provoquer une
longue lettre ministérielle, sortant des bureaux deM.Évrard, ainsi qu'il est arrivé plusieurs fois pour M. le général Lamoricière qui énumérait de grosses prises et versait très peu à l'administration. A l'avenir, quand vous croirez devoir agir comme vous l'avez fait, je vous engage à ne pas énumérer les quantités prises.
Du reste, votre générosité n'a pu que nous attacher davantage nos alliés et les compromettre de plus en plus vis-àrvis de l'Emir ; mais en prenant pour nous une part modérée, le résultat politique eût été le même.
Il me semble, mon Prince, que l'abandon de tout le butin nous donne le droit de demander à ces tribus de nous aider de leurs moyens de transport pour réapprovisionner Medeali et surtout Milianah. Ce dernier point me donne des inquiétudes. Tous mes mulets sont répartis dans les diverses colonnes et il y en a beaucoup d'invalides. Il faut donc chercher des moyens en dehors de ceux de l'administration. Je vous conjure donc, mon Prince, de faire tous vos efforts pour réunir un grand convoi d'animaux pris dans tous vos environs, et de les diriger sur Blidah aussitôt que le temps sera un peu assuré. Je crains bien que cela ne puisse avoir lieu que dans l'autre lune et dans les premiers jours de mars. D'ici là, M. Dnrieu peut faire la statistique des moyens de transport que peuvent fournir les diverses tribus qu'il est possible d'appeler à nous rendre cet immense service. Il sera bon d'avertir à l'avance le sous-întendant de Blidah du jour de l'arrivée des animaux, afin qu'il soit préparé k les charger.
f Un mot à présent sur ce que nous avons fait. Du 30 janvier au 4 février, j'ai brûlé les villages et coupé les arbres fruitiers des Menasser de l'Ouest et des Béni Ferrah que travaillait
. de son côté M. le colonel de Saint- Arnaud. J'allais proba-