CHAPITRE XI
blement brûler les villes kabyles de Zatima et Ouled-Aïssa lorsque, le 4 au soir, nous fûmes assaillis par la tempête, la grêle et la neige. Les villes précitées m'avaient envoyé. demander ma clémence; j'ordonnai que tous les chefs se rendissent auprès de moi. L'ouragan ou la mauvaise volonté les en empêcha. Le 5, après une nuit horrible je dus songer à regagner la mer. A la neige et à la grêle succéda une pluie torrentielle qui fit beaucoup soufirir les troupes. Les ruisseaux étaient devenus des torrents impétueux, nous eûmes grand'peine à les traverser ; nous y avons perdu deux hommes, des mulets, des ânes, des fusils, des bagages; enfin nous étions rentrés le 7 au soir à Cherchell. Tout le monde trouva un abri, du vin, du pain, de la paille et aujourd'hui tous les maux sont oubliés. Les troupes ont été admirables de patience et de résolution.
Je compte rentrer à Alger le 11 ou le 12, mais le général de Bar reste à Cherchell avec 6 bataillons pour achever la soumission du pays jusqu'auprès de Tenès.
Agréez, mon Prince, l'assurance de mon respecteux dévouement.
Signé : Bugeaud.
L'incursion inattendue d'Abdel-Kader, le retour prématuré du gouverneur général semaient quelque alerte dans la colonie. Les bruits les plus étranges, les plus exagérés se répandaient; on parlait de victoires de TEmir, de colonnes françaises complètement détruites ; on allait jusqu'à en nommer les chefs. Ces bruits propagés par deux sentiments, dangereux également, la peur et la malveillance, furent transmis par (les correspondances privées au delà de la Méditer-
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ranée, et furent recueillis et grossis par la presse hostile ; ce qui ne manqua pas de produire sur l'esprit du général Bugeaud l'effet de surexcitation habituel.
L'échec secondaire de sa pointe sur Tenès lui était particulièrement sensible (1).
Les lettres suivantes que nous trouvons dans la correspondance du général adressées par lui au duc d'Aumale, commandant les provinces de Medeah et Milianah, trahissent les préoccupations que la situation lui inspire. Il y a de nombreuses tribus à châtier même dans la division si rapprochée du prince, le Titery ; les routes de Medeah et de Milianah sont momentanément moins sûres.
(1) Après l'insuccès de la tentative de Changamier en décembre, le général Bugeaud était tellement persuadé de sa prochaine réussite personnelle, qu^il avait présenté dans le Moniteur' algérien la question comme résolae. C*est ce que prouve un avis publié prématurément dans le Moniteur algérien dès le 5 janvier 1843,
Commerce avec Ténès et la côte.