CHAPITRE XI
poursuite dans le désert de la smala de TEmir avec deux colonnes légères empruntées aux divisions d'Alger et d'Oran, et partant, Tune de Boghar, Vautre de Tiaret.
L'ouverture de la route de la Chiffa, conquise dans Tété de 1842, sur le terrain le plus difficile, avait inspiré à Bugeaud la pensée bien naturelle d'en faire construire d'autres par l'armée. La route partant de Milianali, à travers la petite chaîne du Gontas, se présentait en première ligne. Dès le 15 mars, huit bataillons furent établis sur la communication de Blidah au Chélif pour ouvrir une route carrossable entre cette vallée et la Mitidjah. (( Dans peu de mois, » disait le général , a cette route ne sera pas moins utile au commerce qu'à la guerre, d
En dépit de l'activité déployée, la Communication ne fut praticable que le 20 avril. Ce fut ce jour même que le gouverneur, parti d'Alger le 17, franchit le Gontas avec un grand convoi de voitures et d'animaux. Le 23, ayant rallié ses troupes sous Milianah, il se mit en marche sans perdre de temps.
En descendant le cours du Chélif, il atteignit enfin le 26 le point de El-Esnam. El-Esnam devait être l'emplacement de la future ville d' Orléansville (1)!
Teniet-El-Had et Boghar, ont été réellement fondés. Les deux premiers devaient avoir l'honneur de l'être des mains du gouverneur général.
(1) Le N'har-Ouassel (fleuve naissant, haut Chélif), comme on sait, est le Chélif supérieur. U prend naissance sous Tiaret, se grossit à huit lieues des Sbain-Aioun (les soixante-dix sources).
Une légende du pays veut que ce soit l'ancêtre du khalifa Sidi-el'Aribi, qui ait, à l'instar de Moïse, fait surgir ces soixante-dix sources du soi.
Un jour le khalifa fit le récit du miracle au maréchal Bugeaud, sans
C'était au confluent du fleuve et du Tigraouet, jusqu'à un point de la rive gauche marqué par des ruines romaines. Quelques statues renversées et mutilées avaient fait donner à ce lieu par les Arabes le nom de EUEsnam (les Idoles). Le général en chef s'arrêta là, car il avait donné rendez-vous en ce lieu au général Gentil, parti de Mostaganem.
Le 27 avril, le général Bugeaud, sur un carré irrégulier de six' cents mètres sur trois cents, indiqué par les ruines romaines de Gastellum Tiginin^ marqua l'emplacement de la capitale de la plaine du Chélif.
Entre Cherchell et Milianah à l'Est, Mostaganem et Oran à l'Ouest, s'étend l'immense plaine agricole du Chélif. La région montagneuse dont l'extrémité occidentale porte le nom historique de Dahra barre le passage au fleuve et l'oblige à couler pendant près
doute, pour mieux glorifier son origine. U lui raconta longuement que ce pays était, en ces temps-là complètement privé d'eau et que les populations demandaient à son ancêtre, Sidi-el-Aribi, qui virait an neuvième siècle de Thégire, de leur en procurer par sa baraka (bénédiction).
Sidi-el-Aribi, touché de ces prières, se rendit à leur vœu sur l'emplacement où il se trouvait à cheval. U fit faire à sa monture, en invoquant Dieu, soixantedix sauts. Et à chaque saut, surgit immédiatement une source de Tendroît où portaient les sabots du chevaL Quand le marabout crut avoir tiré asaes d'eau de la terre, il se .mit en marche. Les sources se réunirent et le suivirent sous la forme d'une rivière à laquelle il donna le nom de N^har-Ouastel. Le saint homme imagina alors de faire parcourir 4 cette rivière le plus de pays possible, afin que les musulmans pussent en profiter. C'est pourquoi après l'avoir menée jusqu'aux montagnes du Titerj, Sidi-el-Aribi ramena le iV'Aor- Ouassefj qui prit alors le nom de Chélif, jusqu'à la mer, et mit son embouchure près de Kostaganem, presque sous le méridien de sa source.
Après avoir écouté patiemment cette légende, le maréchal Bugeaud dit à notre khalif a actuel : n C'est très bien cela I Mais le Chélif, qui a une origine plus ancienne que celle que tu lui attribues, était connu des Romains déjà bien antérieurs à ton ancêtre. J>
Le khalifa, d'abord un peu déconcerté, répondit : et C'est possible ! mais alors le Chélif n*avait pas d'eau I {Chaatei iTAlgérk^ du général Marguerite.)