‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 188 sur 294 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Après avoir traversé le Chélif, Bugeaud marchait en tête du convoi, ouvrant lui-même la route aux voitures, encourageant en personne les travailleurs et faisant enlever les principaux obstacles.

Cette marche militaire, compliquée de la préparation d'une route et de la conduite d'un important convoi au cœur d'une région hostile, motivait une dispersion des compagnies, dont l'ennemi (J^vait songer à profiter.

Le 29 avril , Ben Kassili , agha du Dahra , vint attaquer le flanc gauche de nos troupes éparpillées sur une longue ligne de travail , avec quatre à cinq cents cavaliers et autant de fantassins; mais il fut mis en fuite et poursuivi trois heures par le général de BourjoUy <|ue le gouverneur général avait mis en réserve pour protéger les travaux.

Il fallait pratiquer la route carrossable à travers des roches calcaires que sillonnait péniblement un étroit sentier. La pioche et la pelle ne pouvaient plus être utilisés ; c'étaient la mine et le pic à roc. On jugea qu'il fallait quinze jours; mais les troupes y mirent tant d'ardeur qu'en sept jours le convoi parvint au port de Tenès.

Le 1^' mai, presque aussitôt après l'arrivée de

pas été alors bien inspirés. Ils avaient placé leur établissement à l'ouest d'un immense éperon de TAtlas s'enfonçiint dans la Méditerranée sous le nom de (( cap Tenès ». Le versant occidental de ce contrefort inhospitalier est nécessairement battu par les vents d'Ouest terribles sur cette côte rectiligne. La rade y est et sera toujours sans sécurité, et la falaise n'oflfre qu'un plateau aride et ingrat, fort en arrière duquel se sont établis les descendants d'anciens pirates musulmans, occupant, autour d'une vieille mosquée, le village arabe du ce vieux Tenès ».

l'armée de terre, on signala en rade trois vapeurs expédiés d'Alger. La marine apportait, avec son concours fraternel , les nuitériaux nécessaires pour jeter les bases de l'établissement de Tenès.

La plage ne tarda pas à se couvrir de denrées et de matériel de toute espèce.

Après des travaux prodigieux que l'armée seule pouvait exécuter aussi rapidement , la route de Tenès au camp d'El-Esnam put être livrée à la circulation des voitures le 8 mai. Dès le 9, le premier convoi s'est mis en route ayant le gouverneur général en tête; les tribus nouvellement soumises apportèrent le plus grand empressement à fournir trois cent cinquante l)etes de somme, comme supplément de transport.

Le convoi repartit pour El-Esnam le 9 mai, renforcé de trois cent cinquante betes de somme fournies par les tribus. Il était permis de croire que la route de Tenès à El-Esnam serait parfaitement sûre sans aucun poste intermédiaire, et que les convois s'y feraient sans escorte.

Tout annonçait que nos deux établissements ne seraient point seulement des i)Ostes militaires, mais deviendraient très j)romptement des points importants de conmierce (1). Deux cent quarante-trois industriels

(1) Tenèg, aujonrdlmi chef -lieu de circonscription et canton, est one fort jolie ville et un port maritime, qui compte plus de 3,000 habitants. Située à 222 kilomèti'CR d'Alger par Culcah, et à 53 kilomètres d'Orléansville, Tenès est rentrepôt d'Orléans ville, l'un des plus riches marchés de l'Algérie. Elle a une grande valeur stratégique comme dépôt d'approvisionnements de l'armée. Les ressources agricoles et les richesses minérales de son territoire, son heoreuse position comme ville de transit, lui assiu^nt un grand avenir colonial.

OrUansvUh, chef-lieu de subdivision militaire, k 208 kilomètres d'Alger, et

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