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CHAPITRE XII

avec ses spahis, avait reçu le premier les renseignements de TArabe Mohamed-ben-Ayad. Avant de conduire Taga au prince, il voulut reconnaître par lui-même l'exactitude de son effrayante version. Accompagné de son officier d'ordonnance, le lieutenant Fleury, et de Taga Mohamed, il se transporta à toute vitesse sur le point culminant du mamelon servant de rideau entre la smalah et la colonne.

L'Arabe n'avait pas exagéré l'importance et le nombre des masses confuses qui se déroulaient à perte de vue.

La smalah venait d'arriver sur le cours d'eau. Elle s'installait pour camper. Femmes, enfants, défenseurs,

pris par des corsaires tunisiens. Le bey de Tunis, qui l'acheta, fut charmé de son intelligence, le fit élever dans son palais et le plaça dans le corps des mameluks préposé à sa garde. A la suite d'une intrigue amoureuse avec la fille du bey, le jeune Italien dut chercher son salut dans la fuite et gagna Alger. Là, il prit du service dans notre armée soub le patronage du maréchal Clauzel, se fit remarquer par sa vive intelligence, par son courage, et se rendit surtout utile par sa connaissance de la langue et des mœurs des indigènes. Nommé capitaine de spahis, il fut chargé de différentes missions, prit Bône par un hardi coup de main où il brûla la cervelle à deux officiers turcs, fit campagne contre Abdel-Kader près de Tlemcen.

Il fut nommé bey de Constantine (sans prendre possession de sa dignité), commandant de spahis à Oran, puis commandant toute la cavalerie irrégulière (1841), maréchal de camp hors cadre. Ce fut l'année suivante qu'il se rendit à Paris, se convertit au catholicisme, et épousa la nièce du général Guilleminot.

Nous le trouvons commandant de Medeah après le départ du duc d'Aumale (1847). Il fait, de là, les premières expéditions dans le sud de la province d'Al* ger (1851), puis, inscrit sur les cadres de l'armée régulière comme général de brigade, il dirige l'expédition de Laghouat et est nommé grand officier de la Légion d'honneur.

Il prend part à l'expédition de Crimée, organise les bach-bouzouks, fait campagne dans la Dobrutska en 1855, et revient en Afrique pour commander la division d'Alger (1856), en qualité de général de division. Sa dernière expédition fut l'expédition de Kabylie. A la suite de dissentiments avec le gouverneur général de Mac Mahon, Yusuf fut appelé en France au commandement de la division de Montpellier où il mourut, rongé par le chagrin et la nostalgie du sol d'Afrique.

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troupeaux, tout était pêle-mêle ; mais au milieu de cette population, l'on voyait luire les armes des nombreux Réguliers de TÉmir qui présidaient au campement. La circonstance était grave ; notre petite colonne se trouvait surprise, en face d'une foule de quinze à vingt mille âmes et d'environ cinq mille fusils.

Pendant que s' opérait cette reconnaissance, le prince,prévenu par un officier de Yusuf, le sous-lieutenant du Barail, s'était avancé rapidement. Le commandant des spahis le rejoignit presque en bas du mamelon ; tout au plus, à mille mètres de la smalah. Il expliqua avec calme, mais sans les dissimuler^ les difficultés et la gravité de la situation. A ce moment se forma comme un conseil de guerre improvisé.

Les chefs indigènes commandant le goum s'étaient approchés. Ils donnaient le conseil de rétrograder, en toute hâte, avant que la présence de la colonne fût signalée. Le colonel Yusuf et Morris étaient d'avis d'attaquer, mais les aides de camp du prince, les colonels Jamin et de Beaufort, crurent devoir faire de sages observations , au nom de la responsabilité qui pesait sur eux vis-à-vis du Roi. Ils insistaient vivement pour que le jeune général attendit au moins l'arrivée du lieutenant-colonel de Chasseloup avec ses zouaves et la section de l'artillerie.

En présence de ces opinions diverses, le prince, se recueillant un instant, fit cette belle réponse :

a: Messieurs, nous allons marcher en avant! Mes aïeux n'ont jamais reculé ! Je ne donnerai pas l'exemple. D Et, prenant ses dispositions avec le plus grand

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