‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 196 sur 294 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sang-froid, le jeune général donne Tordre à Yusuf d'attaquer par la gauche, tandis que lui, par la droite avec le lieutenant-colonel Morris et ses chasseurs d'Afrique, traverserait le centre de la smalah et diviserait la résistance.

A la vue de nos cavaliers chargeant à fond de train, tout aussitôt les femmes, les vieillards, les enfants s'enfuirent en poussant des cris affreux. Les Réguliers d'Abdel-Kader qui veulent protéger leur fuite sont poursuivis et sabrés. La panique s'empare de ces masses surprises à leur tour, et une heure après, quatre mille prisonniers, le trésor de l'Emir, ses tentes, ses drapeaux, les familles de tous les grands chefs étaient au pouvoir de notre cavalerie. La mère et la femme d'Abdel-Kader, un instant prisonnières, étaient sauvées par un esclave fidèle et s'enfuyaient sur un mulet au milieu de la bagarre.

On aurait de la peine à se faire une juste idée de ce combat d'une poignée de braves, où. la valeur individuelle fit des prodiges, oh six cents hommes déterminés culbutèrent plus de cinq mille défenseurs armés, leur tuèrent trois cents hommes et surent épargner la vie d'une population immense et désarmée.

Le colonel républicain Charras disait un jour, en parlant de l'enlèvement de la smalah, et, en matière (le courage, l'homme était bon juge :

Pour entrer, comme l'a fait le duc d'Aumale, avec cinq cents hommes au milieu d'une pareille population, il fallait avoir vingt-trois ans, ne pas savoir ce que c'est que

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le danger ou bien avoir le diable dans le ventre! Les femmes seules n'avaient qu'à tendre les cordes des tentes sur le chemin des chevaux pour les culbuter, et qu'à jeter leurs pantoufles à la tête des soldats pour les exterminer tous, depuis le premier jusqu'au dernier.

Il y a quelques mois, le hasard m' ayant fait rencontrer un vieil Algérien, le général* Fleury, j'en profitai pour recueillir de lui de nouveaux renseignements sur l'enlèvement de la smalah. Le récit pittoresque et émouvant que Ine fit le général de ce brillant fait d'armes auquel lui-même avait pris part, aux côtés de son ami le colonel Yusuf, me laissa une impression très vive. Rentré chez moi, je la transcrivis aussitôt, et la voici, presque textuellement, telle qu'elle s'est fixée dans ma mémoire.

Autant que je m'en souviens, me dit le général, voici comment les choses se sont passées. Le 16 mai, au matin, Yusuf, qui était l'âme de l'expédition, s'était porté bien en avant de la cavalerie pour recevoir, de première main, les rapports qui lui viendraient de ses coureurs et les communiquer au prince. Nous cheminions depuis une heure, intrigués par un nuage de poussière qui s'élevait au loin, lorsque, tout à coup, un cavalier qu'un pli de terrain nous cachait, quelques instants avant, — par cet eflfet de mirage qui se produit dans le sud, — surgit, débusquant à fond de train à notre rencontre, ému, pâle et comme poursuivi par un songe.

« Fuyez, fuyez, dit-il, quand vous le pouvez encore. Ils sont là! tout près, derrière le mamelon I :» Et il montrait la direction. <i Ils arrivent au campement sur le Tagoin. S'ils

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