CHAPITRE XII
faire remarquer que l'infanterie est encore bien loin, qu'elle est fatiguée par les marches forcées de ces derniers jours et qu'il est de toute prudence d'attendre au moins que les zouaves et l'artillerie du colonel Chasseloup soient à votre portée. — L'infanterie, que l'on est allé prévenir, va faire un effort, reprend le prince ; mais la situation périlleuse que vous signalez commande justement de marcher en avant. Mes aïeux n'ont jamais reculé, je ne donnerai pas l'exemple, 3> dit le jeune duc ; et à ce moment, il s'inscrivait bien comme un des généraux de l'avenir (1).
Voici le rapport officiel adressé par le duc d' Aumale au général de Bar, divisionnaire sous les ordres duquel il se trouvait.
Bivac des Chamouniah sur l'Oued-Onerck, 20 mai 1843.
Mon Général)
La smalah d'Abdel-Kader est prise, son trésor entre nos mains ; les fantassins réguliers tués ou dispersés. Quatre drapeaux, un canon, deux affûts, un butin immense, des
(1) Nous trouvons, d'autre part, dans la correspondance du maréclial Saint- Arnaud, les réflexions suivantes relatives à la prise de la smalah :
Milianah, 96 mai 1843.
... Le priuce vient de faire on coup de maître exécuté avec autant de vigueur que d'InU)!leté. Toute la smalah d'Abdel-Kader, après laquelle j'ai tant couru l'automne et l'hiver derniers, est tombée en son pouvoir, et c'est avec cinq cents chevaux qu'il a obtenu ce brillant résultat. 11 a fait trente lieues en trente-six heures, son infanterie était à plus de trois lieues derrière lui et quand il a vu cette immense population devant lui, il n'a pas hésité à attaquer. C'est bien, c'est intrépide, c'est habile ! 11 a tué trois cents hommes ; trésor, troupeaux, butin, tout a été pris. La famille de Ben Allah, beaucoup de familles importantes du pays attachées à Abdel-Eader sont prisonnières ! La femme et la mère de l'Émir ont pu se sauver sur un mulet. Nous avons eu douze hommes tués et seize blessés. Les lieutenants-colonels Yusuf et Morris ont été admirables. De ce coup-là Morris sera colonel. Je ne puis te dire à quel point je suis heureux que ce soit le prince qui ait ainsi réussi. C'est d'un bon augure, il y a de l'avenir dans ce trait-l&.
populations et des troupeaux considérables sont tombés en notre pouvoir.
Voici le résumé de nos opérations :
J'avais, d'après vos ordres , rassemblé à Boghar, dans les premiers jours du mois, des grains, des vivres et des moyens de transport. Le 10 mai, je quittai ce poste avec 1,300 baïonnettes des 33® et 64® de ligne et des zouaves, 600 chevaux, tant spahis que chasseurs et gendarmes, une section de montagne et un approvisionnement de vingt jours en vivres et en orge porté par un convoi de 800 chameaux et mulets. Je laissais à Boghar assez de vivres pour ravitailler au besoin la colonne et une petite garnison de 250 hommes commandée par le capitaine du génie Mottet, officier plein de ressources et d'intelligence, qui devait terminer quelques travaux indispensables. Le but que vous m'aviez indiqué était d'atteindre la smalah d'Abdel-Kader, soit en agissant de concert avec M. de Lamoricière, soit en opérant seul si des circonstances politiques retenaient cet officier dans la province de Mascara.
Des renseignements dignes de foi, fournis par Taga des Ouled-Âïad, plaçaient la smalah dans les environs de Gk>udjilas, sans déterminer sa position d'une manière exacte. Il importait donc, avant tout, d'atteindre ce point le plus promptement possible en tâchant de dissimuler à Tennemi la direction que nous suivions ; nous ne pouvions pas espérer qu'il ignorerait notre sortie.
Grâce à d'excellents guides, nous ptdnes^ en suivant une vallée étroite et parallèle à celle de Nahr-Oossel, arriver à Goudjilas sans qu'on fût prévenu de notre approche ; et, le 14 mai, à la suite d'une marche de nuit, ce petit village fut cerné.
Goudjilas est peuplé de gens de n^étiers, que leur profes-