‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 199 sur 294 · CHAPITRE xn · texte numérisé non relu

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sion mettait en rapports continuels avec la smalah; on en arrêta quelques-uns. Nous sûmes par eux que la smalah était à Ouesset-ou-Rekaï, à environ treize lieues au Sud-Ouest.

Dans la nuit du 14 au 15, la colonne se remit en route vers ce point. Quelques individus surpris dans les bois nous apprirent que l'ennemi avait levé son camp, la veille au soir, et s'était dirigé vers Taguin, pour de là gagner le Djebel-Amour. Cette montagne renferme des grains déjà mûrs dans cette saison et qui devaient nourrir pendant quelque temps les nombreuses populations qu'Abdel-Kader traînait à la suite de son douair.

Je fus informé, en même temps, que le général de Lamoricière était à quelques lieues dans le Sud-Ouest, et que sa présence avait décidé ce brusque mouvement. L'Émir l'observait avec 250 chevaux, afin de pouvoir mettre sa smalah à couvert, mais ne craignait rien de la colonne de l'Est qu'il croyait rentrée à Boghar.

Cette nouvelle ne me laissait qu'un parti à prendre : c'était de gagner aussitôt Taguin, soit pour y atteindre la smalah, si elle y était encore, soit pour lui fermer la route de l'Est et la rejeter forcément sur le Djebel- Amour, où, prise entre les deux colonnes de Mascara et de Medeah, il lui était difficile d'échapper, cardans ces vastes plaines où l'eau est si rare, les routes sont tracées par les sources si précieuses qu'on y rencontre.

Ce plan était simple, mais il fallait pour l'exécuter une grande confiance dans le dévouement des soldats et des officiers. Il fallait franchir d'une seule traite un espace de plus de vingt lieues où on ne devait pas rencontrer une seule goutte d'eau. Mais je comptais sur l'énergie des troupes ; l'expérience m'a démontré que je ne m'étais pas trompé.

Je subdivisai la colonne en deux : l'une essentiellement

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mobile, composée de la cavalerie, de Fartillerie et des zouaves auxquels j'avais ajouté 150 mulets pour porter les sacs et les hommes £sitigués ; l'autre, formée de deux bataillons et de 50 chevaux, devait escorter le convoi s ous les ordres du lieutenant-colonel Chadeyson.

Après une halte de trois heures, les deux colonnes partirent ensemble, conduites chacune par des guides sûrs. Le rendez-vous était à Bas-el-aîn-end-Taguiti.

Le 16, à la pointe du jour, nous avions déjà rencontré quelques traînards de la smalah. Sur des renseignements inexacts qu'ils donnèrent, je fis avec de la cavalerie une reconnaissance de quatre lieues droit au Sud, qui n'aboutit à rien. Craignant de fatiguer inutilement les chevaux, je persistai dans mon premier projet, et je repris la direction de Taguin où toute la colonne devait se réunir.

Nous n'espérions plus rencontrer l'ennemi de cette journée, lorsque, vers onze heures, l'aga des Ouled-Aïad, envoyé en avant pour reconnaître l'emplacement de l'eau, revint au galop me prévenir que la smalah tout entière (environ 300 douairs ) était établie sur la source même du Taguin.

Nous en étions tout au plus à 1,000 mètres. C'est à peine si elle s'était déjà aperçue de notre approche. Il n'y avait pas à hésiter : les zouaves, que le lieutenant-colonel Chasseloup amenait rapidement avec l'ambulance du docteur Beuret et l'artillerie du capitaine Aubac, ne pouvaient pas, malgré toute leur énergie, arriver avant deux heures ; et une demiheure de plus, les femmes et les troupeaux étaient hors de notre portée. Les nombreux combattants de cette ville de tentes auraient eu le temps de se rallier et de s'entendre ; le succès devenait improbable, et notre situation très critique. Aussi, malgré les prières des Arabes, qui, frappés de notre petit nombre et de la grande quantité de nos ennemis, me

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